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Un parcours entre Terre et Ciel

Temple de Plainpalais, Genève (1/1)
Diffusé sur Espace 2 le 22-09-2019
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Ce culte est construit à deux voix, avec Michel Maxime Egger, responsable du laboratoire de transition intérieure (Pain Pour le Prochain et Action de Carême).

Il reviendra sur son parcours de «méditant-militant». En commentant des textes bibliques qui nous parlent de choix radicaux et de transformation personnelle, il nous présentera ce qu’est la transition intérieure dans sa dimension spirituelle et en quoi elle peut nous permettre de nous réconcilier avec la nature.


Prédication : Michel Maxime Egger, responsable transition intérieure (Pain pour le prochain et Action de Carême)

Co-célébrant : Marie Cénec, pasteure, pour la liturgie

Organiste : Tigran Stambultsyan

Musiciens : Chants orthodoxes slaves avec l'Ensemble Voskresenié et Yaroslav Ayvazov

Présentation : Michel Kocher

Prédication

Un parcours entre Terre et Ciel

Méditant-militant… ou plutôt apprenti méditant-militant, pour éviter le piège mortel du «ça y est, je sais, j’ai compris» et pour rester dans la dynamique vivante du pèlerin qui, comme le dit Grégoire de Nysse, un père de l’Eglise du IVè siècle que j’aime beaucoup, va « de commencement en commencement ».

Marc, chapitre 1
Deutéronome, chapitre 30
Romains, chapitre 6

Gratitude à Marie Cénec pour cette occasion de partager avec vous deux ou trois choses que j’ai apprises dans mon parcours entre Terre et Ciel. Des réflexions qui m’animent et participent de mon credo actuel.

Se transformer pour transformer le monde

« Tout commence en mystique, tout finit en politique », écrivait Charles Péguy. Pour mieux coller à mon parcours, je dirais plutôt : « Tout s’origine dans l’expérience du divin, tout s’incarne en action (éco)citoyenne. »

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Si je regarde ma vie ces 40 dernières années, je vois le déploiement de deux axes. D’une part, un axe spirituel qui, après un passage par l’Inde et plusieurs années dans le bouddhisme zen, a fait réémerger le Christ en moi et m’a conduit à redécouvrir mes racines chrétiennes dans la tradition orthodoxe. D’autre part, un axe citoyen, avec des études de sociologie, une grosse décennie de journalisme engagé et, depuis plus de 25 ans, du travail de plaidoyer et de sensibilisation dans des ONG suisses. Mes activités portaient hier sur les enjeux Nord-Sud, aujourd’hui, au sein de Pain pour le prochain, sur les dimensions intérieures de la transition écologique.

Transformation de soi, transformation du monde. La conviction de l’incomplétude de la spiritualité seule et de l’engagement seul, et donc de la nécessité d’une alliance entre les deux, m’a habité depuis le début. Ces deux axes n’ont jamais été séparés. Leur relation a cependant beaucoup évolué. Elle n’a cessé de se renforcer et de s’affiner. Au début de l’ordre de la juxtaposition, puis de la mise en boucle, elle est aujourd’hui comme une respiration. Elle participe de la danse de l’inspir – le mouvement vers l’intérieur – et de l’expir, le mouvement vers l’extérieur.

Mais comme dans le souffle, l’inspir est premier. La spiritualité est le fil d’or qui relie au Vivant (avec un grand V), à la source de la vie. Nourrie par la méditation, la prière du cœur et la lecture des textes sacrés, elle inspire, oriente et donne sens à mes engagements qui en sont l’incarnation dans le monde. Si rien ne change au-dedans, rien ne sera jamais vraiment changé au-dehors. Pour être féconde, toute action doit partir du cœur. Si les choses bougent à partir du dedans, c’est parce que, en dernier ressort, la transformation profonde du monde passe par une synergie entre notre volonté libre et une force qui nous dépasse : le souffle de la Terre, la puissance de l’Esprit-Saint.

Opérer une métanoïa

C’est, à sa manière, ce que nous dit le début de l’évangile de Marc avec cette parole du Christ : « Convertissez-vous ! » Le mot conversion traduit le mot grec métanoïa. Méta : changement; noia, noûs : l’esprit. C’est un appel à un changement de conscience, une ouverture du regard, un retournement de tout l’être.

Ma conviction est qu’une telle mutation est essentielle pour répondre de manière profonde aux problèmes écologiques et sociaux gravissimes comme le réchauffement climatique, la sixième extinction des espèces, l’épuisement des ressources naturelles et les inégalités croissantes. Le patriarche Bartholomée Ier, primat des Eglises orthodoxes, parle d’une métanoïa personnelle et collective : « La question de l’environnement ne relève, en soi, ni de l’éthique ni de la morale, » dit-il. « C’est une question ontologique qui requiert une nouvelle manière d’exister […], un changement radical d’attitude, une vision renouvelée et une perspective neuve. »

Aller au-delà

La conversion ou transition écologique est, en ce sens, plus que la sauvegarde de la Création à travers des normes internationales, des lois, des technologies vertes et tous les écogestes que nous pouvons faire au quotidien : manger local et bio, réduire notre consommation de viande, utiliser les transports publics, composter nos déchets, chauffer moins, etc. Tout cela est nécessaire, mais ne suffit pas. Car toutes ces mesures traitent les symptômes sans aller aux racines des problèmes, racines qui sont culturelles, psychologiques et spirituelles. Comme le disait Einstein, il y a des problèmes – et l’écologie en fait partie – qu’on ne peut résoudre sur le plan de conscience où ils ont été créés.

C’est toute la signification de ce qu’on appelle la transition écologique et sociale. Il convient de comprendre le mot transition au sens fort de son étymologie latine « trans-ire », qui veut dire « aller au-delà ». En l’occurrence au-delà du matérialisme qui réduit la nature à un stock de ressources. Au-delà de l’anthropocentrisme par lequel l’être humain s’est séparé de la nature pour en devenir le « maître et possesseur ». Au-delà du consumérisme, de sa vision superficielle du bonheur et de l’avidité anxieuse qui la nourrit.

A travers ces « au-delà », il s’agit de réenchanter la nature comme manifestation de Dieu, dans la gratitude pour ses dons et l’émerveillement pour ses beautés. Il s’agit aussi de redonner à l’être humain sa juste place dans la Création, dans la conscience humble que nous sommes des êtres façonnés par Dieu avec de la glaise et la responsabilité de notre rôle de jardinier qui prend soin. Il s’agit enfin de réorienter notre puissance de désir pour chercher à satisfaire nos aspirations d’êtres créés à l’image de Dieu dans des liens de qualité plutôt que dans des biens en quantité.

Transiter, c’est – dans cette perspective – opter pour la sobriété heureuse ou joyeuse. Etre sobre, c’est apprendre à marcher légèrement sur la Terre en réduisant notre empreinte et notre emprise afin d’accorder aux autres créatures, aux populations défavorisées ainsi qu’aux générations futures l’espace nécessaire pour qu’elles puissent vivre et se développer, satisfaire leurs besoins et exercer leurs droits. Il y a là un impératif de justice qui doit être honoré.

Choisir entre la vie et la mort

Aller au-delà, donc, mais aussi faire des choix. Au début des années 1990, alors que j’étais encore journaliste, j’avais fait une interview du philosophe catholique Jean Guitton. A un moment, il me dit : « L’humanité approche d’un point vertigineux où elle aura à faire un choix radical entre la catastrophe et la métastrophe, entre le suicide cosmique et la mutation des consciences. » Nous ne sommes plus seulement en train d’approcher de ce point, nous y sommes. En plein dedans. En plein vertige.

La « crise » écologique est, en ce sens, à comprendre dans l’acception du mot grec krisis : le moment du jugement, du discernement, de la décision. Un appel à revenir à l’essentiel. « Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. […] Choisis la vie, afin que toi et ta postérité [les générations futures] vous viviez », avons-nous entendu dans la lecture du Deutéronome. Si l’on veut faire face radicalement aux effondrements en cours et à venir, la première démarche se situe là : dans le choix entre la Vie et la mort.

Cette vie est plus que la vie avec un petit « v », la vie biologique, condamnée à finir. C’est la Vie avec un grand V, plus forte que la mort car informée par l’amour et animée par l’Esprit-Saint. Rien d’autre que l’évangile, la « bonne nouvelle » à laquelle le Christ nous invite à croire : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

S’engager pour la transition écologique, c’est faire ce choix de la Vie et de la réconciliation – non pas demain, mais hic et nunc, ici et maintenant, comme les apôtres qui répondent aussitôt à l’appel de Jésus. Transiter, c’est marcher, faire des premiers pas vers cette unité fondamentale – qui structure la Création en profondeur – entre Dieu, l’être humain et le cosmos. Une unité déjà là, car restaurée par le Christ dans son incarnation, mais pas encore accomplie, car sans cesse ignorée, niée, brisée par la démesure irresponsable des activités humaines.

Naître à nouveau

La conversion écologique, c’est œuvrer à l’accomplissement de cette unité. Dans une communion d’amour avec Dieu, les autres humains, mais aussi tous les autres qu’humains – végétaux et animaux – qui habitent la Terre.

Cela implique une nouvelle naissance, un passage, une Pâque. Un passage, ainsi que nous l’avons entendu dans l’épître aux Ephésiens, du « vieil » être humain vers l’être humain « nouveau ». D’un côté, mourir au « vieil homme » centré sur l’ego séparé qui « veut », qui « prend » et qui « possède », avec sa soif de pouvoir et d’avoir. De l’autre, renaître dans « l’homme nouveau » centré sur le « Je suis » en devenir, qui « désire », qui « donne » et qui « partage », avec sa quête de plénitude, de communion et de justice.

Transiter, c’est – pour le dire autrement – passer de l’individu enfermé dans les filets d’un style de vie désorienté et contre-nature (avec ses logiques de domination et de consommation) vers la personne, qui est l’être en relation, qui va vers l’avant, cet être de liberté et d’amour incarné par Jésus et pour lequel les apôtres lâchent immédiatement leurs filets, c’est-à-dire tout ce qui les emprisonne intérieurement et les retient ou les tire en arrière.

Transiter, en ce sens, c’est traverser. Et, comme le dit le philosophe Maurice Bellet qui est pour moi une grande source d’inspiration, « traverser, c'est accepter l'épreuve de la désillusion, […] reprendre au commencement, reconstruire, en sachant – pour toujours – que la Demeure de l’homme est dans ce travail même, où il ne se résigne pas. »

Vers une écologie de l’amour

Spirituellement, cette nouvelle naissance suppose un triple mouvement intérieur.

D’abord, opérer un retour au centre de notre être, vers la source, le cœur profond, qui est le lieu de l’unité de l’être, là où se font les choix fondamentaux de l’existence. C’est parce que la parole de Jésus touche cet endroit-là de leur être, on pourrait dire brûle leur cœur, que Simon Pierre, André, Jacques et Jean laissent tout pour le suivre.

Ensuite, un mouvement de réunification intérieure, car nous sommes souvent divisés intérieurement, entre notre tête et notre cœur, notre corps, notre âme et notre esprit. Cet alignement est essentiel pour que les informations sur les souffrances de la Terre et des humains ne restent pas dans la tête, nourrissant le moulin du mental, mais nous touchent vraiment. Cet alignement intérieur est également une clé pour marcher, pas à pas, vers plus de cohérence dans notre vie.

Enfin, une ouverture de notre être à la puissance de la Parole de Dieu et de l’Esprit-Saint. Cela veut dire créer à l’intérieur de nous l’espace d’écoute et d’accueil pour que cette parole puisse résonner, que la grâce de l’Esprit puisse agir, que le Christ puisse s’incarner, que le règne de Dieu dont parle l’évangile de Marc, si proche mais qu’on ne perçoit souvent pas, puisse se manifester en nous et dans nos relations avec les autres, tous les autres – humains et autres qu’humains.

Là, dans ce mouvement et cette ouverture, on passe – nouveau passage – d’une écologie du « il faut », horizontale, superficielle et plus ou moins moralisante, à une écologie profonde et verticale, une écologie de la nécessité intérieure, du désir, du choix libre et conscient. Une écologie où le respect de la nature, les écogestes au quotidien naissent comme presque organiquement de notre chemin spirituel d’unité et d’unification. L’écologie, alors, devient un acte d’amour.

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Prière d’Evan Lewis, de Dunedin, Nouvelle Zélande (traduit par Gilles Castelnau)

Ô notre Dieu, ce monde est le tien, aide-nous à le faire tien.

Cette Création vit de ton amour, aide-nous à la faire vivre de ton amour.

Ce monde marche vers l’avenir que tu lui donnes, aide-nous à le faire marcher vers l’avenir que tu lui donnes.

Tu fais de nous tous tes enfants, aide-nous à vivre comme tes enfants.

Tu prépares de bonnes oeuvres pour chacun de nous, aide-nous à accomplir ces bonnes oeuvres.

Ô notre Dieu, si nous ne croyons pas, si nous n’agissons pas, les ténèbres nous envahiront et tout ce que nous aurons espéré, tout ce que tu auras voulu perdra toute existence.

Mais si nous croyons, si nous agissons, les ténèbres nous envahiront sans doute, mais la lumière y brillera.

Nous verrons ton nouveau ciel, ta nouvelle terre, et tu feras, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de ce que nous demandons ou pensons par Jésus-Christ.

Amen


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Commentaires

Commentaires

 
#1 Madeline Füllemann-P 23-09-2019 14:25
Merci pour ce culte... apaisant grâce à la musique orthodoxe et celle chantée par tous et malgré tous les problèmes évoqués par le toujours merveilleux Michel Maxime Egger. Qu'il soit entendu...
 

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