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Qu'espérer quand on a tout foiré? Culte en streaming depuis le Temple de Cully.

Diffusé le 27 mai 2018 sur celebrer.ch

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Tricoter sa vie avec l’espérance que Dieu offre.

“T’inquiète pas, ça va aller!”. Vraiment? Qu’espérer quand « tout à foiré », qu’espérer face aux difficultés de la vie ? Et Dieu dans tout cela? Une méditation et des pistes inspirées par l’expérience du prophète Esaïe et par celle de « la Samaritaine » de l’évangile de Jean.

Ce culte en direct sur Espace 2 et en Live streaming sur celebrer.ch est proposé par les nouveaux pasteur-e-s romands qui achèvent leur formation initiale à l'Office protestant de formation (OPF).
Concevoir un culte radio à 7 jeunes pasteurs: un défi à bien des égards! Voilà le "bouquet final " de fin de stage. Après quelques tâtonnements, ils se sont trouvés sur la même longueur d’onde... au moins sur deux points: l’envie de se confronter à la réalité, aussi exigeante soit-elle et celle de transmettre un message d’espérance.
Avec Noriane Rapin et Clara Vienna pour la prédication, Philippe Golaz, Emmanuelle Jacquat, Olivier Keshavjee, Ludovic Papaux et Hoby Randriambola pour la liturgie, le Choeur "Les Vocalistes" du conservatoire de Lausanne et Loc Nguyen alias "Honorable Scarabée", slameur.


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation : RTS
Production : RTS

Prédication

Une prédication de Noriane Rapin et Clara Vienna

Noriane Rapin :
On ne peut pas vraiment dire que tout va bien, et que tout ira pour le mieux. Regardez un peu autour de vous. Le réchauffement climatique provoque des dérèglements toujours plus spectaculaires. Il y a des guerres qui n’en finissent pas de faire couler le sang. On craint chaque mois que certains mots malheureux de puissants dirigeants ne finissent en troisième guerre mondiale. Et personne ne peut dire comment tout cela va finir : le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aujourd’hui déjà, beaucoup souffrent de la situation de notre monde.

Clara Vienna :
Et même dans notre quotidien, dans nos vies individuelles, ce serait un peu simple de dire que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Certaines épreuves sont inévitables, et nous regrettons parfois amèrement nos décisions. Qui n’a jamais connu la douleur d’une séparation ou d’une amitié qui vole en éclats? Qui n’a jamais craint pour son travail?

Noriane :
Eh bien c’est exactement ce pessimisme et cette inquiétude qui habitent Ésaïe dans le texte que nous venons d’entendre. A un moment particulièrement tendu de l’histoire d’Israël, voilà que Dieu charge le prophète d’annoncer au peuple une catastrophe. A force de mauvais choix, Israël a exaspéré Dieu. C’en est fini, c’est trop tard, Dieu lui-même ne peut ou ne veut plus rien faire pour lui épargner les conséquences de ses actes : Israël devra faire face et assumer. Ésaïe est donc chargé d’annoncer au peuple son exil.

Clara :
À un niveau plus personnel, c’est aussi ce qui se passe pour la Samaritaine. Cette femme vient à midi puiser de l’eau au puits. Si vous êtes déjà allés en Israël ou dans un pays du proche Orient, vous savez qu’en plein midi, il fait chauuud! Personne n’aurait idée de venir chercher de l’eau à ce moment-là! Mais si la Samaritaine y va dans ces heures torrides, où on serait bien mieux à faire la sieste, c’est qu’elle a justement envie de ne voir personne, de ne croiser personne. Cette femme a eu cinq maris, et en est à son sixième homme, apprend-on. Pas vraiment un exemple d’honorabilité! Si elle va chercher de l’eau à l’heure où il fait le plus chaud, où c’est juste intenable, c’est sans doute qu’elle désire à tout prix éviter les gens du village, éviter leurs regards de reproches, de dédain, de moquerie. Pour la Samaritaine aussi, la vie n’est pas rose - loin de là. Elle est plutôt teintée de taches grises, ou noires de honte, de solitude, de douleur.

Alors, que dit Dieu dans tout ça? Que vient faire Dieu dans ces situations désespérées que vivent Ésaïe ou la Samaritaine?

Noriane :
Chez Ésaïe, Dieu est clairement le Dieu de la haine du mal. Dans le texte, on rapporte même que Dieu fait en sorte que son peuple ne puisse ni entendre, ni voir, ni comprendre. Donc la repentance n’est plus possible. Le peuple n’a même plus la possibilité de s’excuser, de promettre qu’il ne recommencera pas. A entendre comme ça, c’est extrêmement dur. Mais je crois que cela fait simplement référence à des situations qui peuvent nous arriver. Parfois, c’est trop tard. On a beau faire tout ce qu’on peut, la catastrophe n’est plus évitable. Nous devons faire face aux conséquences désagréables de nos actes, c’est ainsi. Dieu, de son côté, ne veut pas éviter cela. Il n’est pas le Dieu de la grâce à bon marché, parce que cela ne correspondrait pas à notre réalité.

Nous l’avons tous vécu, et cela fait partie de notre éducation élémentaire : nos actes ont des conséquences, et nous devons les assumer. Comme pour le réchauffement climatique et les guerres sans fin dont je parlais tout à l’heure, il y a bien un moment où nous atteindrons un point de non-retour, où la repentance sera inutile, comme pour Israël.

C’est donc cela que montre ce texte : Dieu met assez brutalement son peuple face à ses responsabilités. Vous n’avez rien voulu écouter, vous avez fait des alliances politiques désastreuses, très bien, vous êtes libres, mais maintenant vous ne pouvez concrètement plus revenir en arrière, et je ne vais pas lever le petit doigt pour vous parce que j’en ai marre... ou parce que je ne le peux plus. C’est dur, mais c’est juste.

Mais ce n’est pas tout ce qu’il y a à retenir du texte. Si la catastrophe est inévitable, elle n’est pas la fin de tout. Dieu parle à la fin de la souche de chêne qui demeure. Cela veut dire qu’après tous les malheurs du peuple, la vie va continuer. L’espérance est donc bien là, et Dieu reste le Dieu d’Israël, malgré tout.

Clara :
Chez la Samaritaine, quand tout va mal, Dieu vient tout d’abord à la rencontre. Même si cette rencontre ne devrait pas avoir lieu entre un Juif et une Samaritaine, imaginez. Ce serait comme entre un Chiite et un Sunnite aujourd’hui. Entre un homme et une femme, imaginez l’époque! Cette rencontre ne devrait pas avoir lieu, mais elle a lieu, car Dieu vient à notre rencontre. Ce ne sont pas les catégories qui lui importent, mais nous, chacun, chacune, personnellement.

Et dans cette rencontre, Dieu, en Jésus, offre un regard de non-jugement. On est loin des moqueries et du dédain des gens du village. Jésus pose une question en vérité à la Samaritaine: « Va, appelle ton mari, et reviens. » Cette question la place face à son passé et face à qui est elle est, aujourd’hui. Pour la Samaritaine, force est de reconnaître qu’elle n’a pas de réel mari. Mais ce qui me touche, c’est que Jésus ne culpabilise pas cette femme, ne lui dit pas que ce n’est pas bien – pourtant, nous autres, on sourcillerait pour bien moins. Jésus ne lui demande pas pourquoi, n’essaie pas de comprendre son passé, il ne lui parle pas de péché: il lui parle de soif. Si cette Samaritaine a eu cinq maris, et qu’elle vit maintenant avec un sixième homme, c’est qu’elle avait au fond d’elle une quête, une soif qu’elle n’a pas pu combler. Recommençant, espérant à chaque fois, étant à chaque fois déçue?

Jésus ne condamne pas cette quête, ce désir inassouvi, mais il les transforme. Il lui fait découvrir une autre source : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive”. » Il lui fait découvrir une eau qui deviendra en elle « une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ». Une source d’eau en elle, plus besoin d’aller chercher chez les autres la reconnaissance, l’amour, l’affection. Cette eau, elle peut simplement la recevoir du Christ, de Dieu. Comme un cadeau. Et s’y désaltérer!

Alors, quand tout va mal, Dieu, chez la Samaritaine, vient à la rencontre, sans juger, et parle d’une source, d’une Présence qui permet d’abreuver la soif. D’une Présence, d’une source en elle qui fait qu’elle peut laisser sa cruche et retourner avec joie au village, car elle a désormais en elle ce qu’il faut pour oser être qui elle est, en vérité.

Noriane :
Ces deux histoires montrent donc deux visages de Dieu. Chez Esaïe, le visage de Dieu est celui de la responsabilisation, le Dieu qui prend acte de la dure réalité. Il ne promet pas que tout va bien aller, au contraire. Comme il nous veut libres, il préfère que nous apprenions de nos erreurs par l’expérience.

Clara :
Et chez la Samaritaine le visage de Dieu qui apparaît est celui d’une source, d’eau vive, d’une présence attentive et accueillante qui dessine un avenir, une espérance. À partir de cette espérance offerte, nous pouvons assumer notre passé – sans chercher à le mettre sous le tapis, et aller de l’avant.

Mais, ça me fait penser aux trois personnes que les chrétiens utilisent pour parler de Dieu : Dieu comme un Père, Dieu en Jésus-Christ, son Fils, et Dieu Esprit.

Noriane :
Il y a le Dieu Père. Il aime ses enfants, il se réjouit de les voir grandir pour être heureux, mais se fâche et s’inquiète quand ils prennent de mauvaises décisions et se mettent en danger. Comme pour tous les parents, Dieu veut ses enfants libres et responsables. Par moments, il les laisse donc assumer les conséquences de leurs actes.

Clara :
Chez la Samaritaine, je vois le Dieu Fils, qui vient rencontrer nos réalités, sans les juger, qui a de la compassion pour nous et qui nous offre une source pour rebondir, un Dieu qui nous emporte dans une espérance qui fait vivre! Qui porte en avant, dans la Vie!

Noriane :
Et finalement, il y a le Dieu Esprit, qui est parmi nous, qui nous accompagne dans la vie de tous les jours. Il est le Dieu qui nous aide à affronter l’incertitude de notre réalité du quotidien, et qui nous inspire l’espérance de la souche qui reverdit et l’eau qui vivifie.

Clara :
Donc finalement, si on relie Ésaïe à la Samaritaine, on pourrait dire que l’aspect de Dieu dessiné par cet homme et cette femme est celui d’un Dieu qui aime le tricot. Le tricot? C’est peut-être plus trop à la mode à notre époque, quoique, ça revient! Oui, un Dieu qui aime le tricot, car il nous invite à tricoter notre vie avec l’espérance qu’il nous offre. Il nous invite à faire tricoter deux mains: celle de notre réalité et de ses conséquences avec celle de l’espérance offerte et d’un avenir toujours possible.

Noriane et Clara :
Alléluia! Amen!

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