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Culte de la Réformation, Champéry

Diffusé le 04 novembre 2012 sur RTS Un

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A l'occasion de la fête de la Réformation, un curé s'invite au culte protestant de Champéry pour des propositions de thèses oecuméniques à l'instar de Luther... Le dialogue s'installe entre le pasteur Philippe Genton et l'Abbé François-Xavier Attinger.

La célébration est ponctuée par un ensemble de cuivres sous la direction de Léonard Muller.

Le choeur d'enfants de la paroisse de Monthey offre des moments musicaux touchants et entraînants...


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation : Murielle Landry
Production : Pierre-Alain Frey

Prédication

Une prédication de Philippe Genton, pasteur et François Xavier Attinger, Abbé

Philippe Genton :
Je suis toujours plus impatient de découvrir tes propositions de thèses œcuméniques. Par quoi commence-t-on ?

Affichage de la thèse 1 :
Les Églises affirment ensemble leur soutien inconditionnel aux victimes de violence et des effets des crises qui secouent l’histoire et les sociétés, quelles que soient leurs références religieuses, politiques et idéologiques.

François-Xavier Attinger :
D’abord, peut-être, ces temps-ci oser des gestes de soutien, posés ensemble, envers les victimes des violences, les chrétiens en danger sur leurs terres, les réfugiés ou requérants d’asiles qui arrivent chez nous. Pour le faire, ouvrir des espaces de dialogue et d’amitié, des chemins de réconciliation, mais aussi de solidarité, refusant les replis frileux devant la crise à nos portes. De tout cela il était déjà question dans le dialogue d’Assise en 2002 : 10 ans déjà ,et on piétine ou même parfois on recule dans la peur.

Philippe Genton :
C’est vrai, on piétine. Sans doute parce qu’en voulant aller trop vite, on ne prend pas le temps de fonder un tel chemin. J’en oublie que nous sommes en communion ce matin avec tous ceux que la messe ou le culte rassemblent. Prenons le temps avec eux de confesser et de reconnaître les distances que nous avons prises avec Dieu.
Ensemble, demandons à Dieu son pardon.


François-Xavier Attinger :
Et surtout… recevons-le ! Recevons cette grâce qui nous a déjà été donnée !

Affichage de la thèse 2:
Les Églises tiennent à recentrer ensemble la primauté de la foi sur les doctrines. Elles souhaitent travailler ensemble à la reconnaissance mutuelle de leur diversité pour passer de la fermeture à l’ouverture.

Philippe Genton :
Seigneur, nous te demandons pardon pour l’image fragmentée et dispersée que nous donnons de ta présence. Nous te demandons pardon pour notre tentation permanente de réduire la foi humaine à un ensemble de doctrines univoques.

François-Xavier Attinger :
Père, toi qui est vivante communion avec ton Fils, dans l’Esprit,
Tu es aussi vivante communion avec tous les humains.
Nous te bénissons pour l’immense diversité des vivants,
et pour chacune, chacun de nous.
Car tu nous crées, à ton image avec notre visage unique
et notre destinée irremplaçable.

Philippe Genton :
Seigneur, nous te demandons pardon pour toutes les fois où nous nous comportons comme si nous étions dépositaires de la totalité de ta Parole, au point de justifier nos rejets et nos mépris de ceux qui ne nous ressemblent pas.

François-Xavier Attinger :
Bénis sois-tu, Dieu de nos libertés.
Tu préfères le risque de nos divisions à l’uniformité des langages et des orientations.
Tu es le Dieu de nos rencontres et ton souffle nous est donné pour cheminer ensemble vers l’unité.
La prière-même de ton Fils Jésus Christ, avant de donner sa vie pour nous, nous redit notre vocation. Elle reste gravée dans notre cœur comme une blessure tant que les divisions obscurcissent la lumière dont tu nous fais témoins au cœur du monde.

Philippe Genton :
Seigneur, nous te demandons pardon lorsque nous transformons notre vocation en ministère de conservation. Pardonne-nous de faire de ton Évangile un texte seriné, immuable répétition de paroles déjà dites dans le cercle soigneusement fermé de nos communautés.

François-Xavier Attinger :
Pourtant ton Esprit travaille au coeur des hommes qui ouvrent des chemins de partage, de pardon et d’amour.
Ainsi tu nous appelles sans cesse à être peuple de prophètes, ouvrant des chemins de vie d’alliance et de pardon.
Bénis sois-tu pour ton Esprit : son souffle ne connaît pas de frontières…

Philippe Genton :
Seigneur, nous te demandons ce pardon qui appelle toute l’humanité à entrer dans une nouvelle dimension, et une nouvelle compréhension d’elle-même. Donne-nous ce pardon qui jamais n’humilie, mais fait entrer dans une Vie nouvelle.

François-Xavier Attinger :
Béni sois-tu, toi qui fais de nous tes enfants bien aimés: à toi nos chants de fête dès aujourd’hui et dans la vie qui ne finira jamais, auprès de toi.
Alors, accueillis par tous ceux qui nous précèdent, nous serons dans ta maison les invités à la table des noces de l’Agneau.

Affichage de la thèse 3:
Les Églises affirment ensemble que la Paix n’est pas un projet humain, mais une réalité divine déjà accomplie à laquelle l’homme résiste notamment en raison de ses convictions.

Philippe Genton :
Il est tout de même étrange qu’avec de telles affirmations, qui sont pratiquement nées avec le christianisme, il y ait eu autant de schismes.
Pourtant, tout est là !
L’unité, la diversité, de même que les moyens de vivre ces deux réalités en même temps: unité et diversité. Elle est assez étonnante cette conviction paulinienne, elle est essentielle pour interpréter la vie: d’une part, considérer que non seulement Dieu est unique, mais qu’en plus il n’y a aucune division, aucun conflit, aucune tension en lui-même, même si nous le confessons Père, Fils et Saint-Esprit, et d’autre part, considérer qu’il n’y a également aucune division entre les hommes.
Nous avons à prendre conscience que les contradictions que nous voyons en Dieu, et surtout les divisions que nous justifions entre nous, non seulement entre protestants et catholiques, mais entre peuples, races, cultures et j’en passe sont de pures inventions. En fait, pour Jésus comme pour la tradition paulinienne, si divisions il y a, c’est parce que nous y tenons! Toutes les ruptures en Dieu, comme toutes celles que nous croyons identifier entre les hommes, sont le fruit de notre imagination.
Appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la Paix, dit Paul. Ce lien de l’Esprit n’est pas à conquérir, à créer, à vouloir, il EST. Il est déjà! Nous sommes invités à le conserver, par ce lien qui est la Paix. Là aussi, la Paix n’est pas à conquérir, à créer, à vouloir; elle est déjà accomplie ! C’est ce qu’il y a d’essentiel dans cette conviction que l’Église doit être encore et toujours réformée. Jamais dans la perspective de devenir l’idéal d’elle-même, mais à être ce qu’elle est depuis le commencement : le surgissement visible de la Présence et de l’Amour de Dieu. Prendre conscience aujourd’hui de cette dimension de nos églises, c’est oser aller plus loin sur le chemin d’Unité que le Christ nous invite à suivre. Paul le dira encore dans sa lettre aux Romains: “Ainsi donc, justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ .“ (Romains 5, verset1)
Nous sommes en Paix ! écrit-il. C’est fait! Il n’y a pas à courir après la Paix, c’est elle qui nous a déjà rejoints. C’est l’œuvre du Christ. Et si nous sommes différents, c’est encore son œuvre ; chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons.
C’est le Christ qui nous veut différents et divers, ou qui nous adopte différents et divers, certainement parce que nul homme, nulle Église ne peut à lui tout seul, à elle toute seule, endosser la totalité du ministère auquel Dieu nous appelle. En fait, l’œcuménisme est un appel à l’humilité.

François-Xavier Attinger :
C’est ce que je crois aussi. La Réforme en est un des ancrages. Il y en a d’autres plus récents : nous venons de fêter les 50 ans du Concile Vatican II, nous venons de fêter les 10 ans des Paroles pour la Paix nées aux rencontres d’Assise, nous venons de fêter, l’an dernier, les 10 ans de la charte œcuménique, il y a quatre ans, nous avons fêté le centième anniversaire des semaines de prière pour l’unité des chrétiens… Il faut cesser de fêter, il faut agir !

Philippe Genton :
Tu as raison ! Alors… que proposes-tu ?

François-Xavier Attinger :
Beaucoup de choses. 3 thèses ont déjà été montrées. Nous n’aurons pas le temps de faire le tour aujourd’hui. Nous irons jusqu’à 7 thèses, mais ce n’est qu’un début. Luther en avait affichées 95 !
Je te propose de commencer par l’essentiel.

François-Xavier prend la channe et verse l’eau qu’elle contient dans la cruche de baptême.

Un seul Seigneur… une seule foi… un seul baptême.

Affichage de la thèse 4 :
l’Esprit de Dieu et l’Écriture nous invitent à préparer le baptême en commun, à en redécouvrir à nouveau la dimension subversive lorsqu’il permet d’affirmer de tout être humain qu’il est aimé et qu’il est en droit de revendiquer cet amour comme son identité essentielle.

François-Xavier Attinger :
Un seul baptême ! Nous le croyons. Malgré leurs différences, les Églises se le reconnaissent mutuellement. Alors ayons le courage d’unir nos catéchèses au moins sur ce point. Et tant pis si les âges de nos catéchumènes ne sont pas les mêmes, et tant pis si nous avons plein de problèmes pratiques à résoudre. On trouvera des solutions.

Philippe Genton :
Excellente idée, et pourquoi ne pas préparer les baptêmes ensemble avec les familles ? Si nous confessons un seul baptême nous ne pouvons pas continuer à faire comme s’il y en avait deux ! Mais, tu n’as pas peur que…

François-Xavier Attinger :
Bien entendu que j’ai peur, mais c’est ça le courage: oser surmonter ses peurs. Et c’est l’Esprit qui nous le demande. Nous ne ferons pas n’importe quoi. Tu ne crois pas ? Nous pouvons commencer par unir nos catéchèses auprès de nos jeunes sur cette question, puisque nous avons le même baptême. Nous pouvons préparer les baptêmes avec les familles qui nous le demandent, les couples mixtes dans un premier temps. Avec toutes les familles ? Nous verrons où nous conduisent nos premiers pas.

Philippe Genton :
C’est vrai, au fond nous ferons ce que nous croyons et ce que nous disons. Un seul baptême, c’est d’accord.

Philippe Genton :
Tu as autre chose François Xavier ?

François-Xavier Attinger :
Oui, même si c’est le lieu dans lequel nous sommes déjà au travail ensemble, je crois que nous devons encore amplifier notre solidarité avec les pauvres, les minorités, les exclus. Nous devons nous engager davantage encore pour défendre les Droits de tous, une Justice pour tous, il y a encore beaucoup trop de différences d’accès aux droits et à la justice suivant à quelle classe sociale on appartient.

Philippe Genton :
Tu le dis toi-même : n’as-tu pas le sentiment que nous le faisons déjà ?

Affichage de la thèse 5:
Les Églises veulent amplifier ensemble les solidarités en tant que partenaires des personnes, des organisations et institutions qui sont aux services de l’Homme et qui luttent pour sa dignité.

François-Xavier Attinger :
Oui je l’ai dit. La question pourrait-être de savoir si nous le faisons assez. Mon sentiment est que sur ces questions nous comptons beaucoup trop sur la Conférence des Évêques, et vous sur la Fédération de Églises protestantes. Nos paroisses, nos communautés ne sont guère en mouvement sur ces questions. Et c’est là que doivent naitre les solidarités essentielles. Parce qu’il faudra également franchir des barrières religieuses, et nous mouiller pour nos sœurs et frères musulmans, animistes, bouddhistes et juifs pour ne parler que de ceux qui partagent au près notre quotidien et qui sont les plus fragiles sur ces questions de Droit et de Justice.

Philippe Genton :
Si je comprends bien, tu proposes surtout des réformes œcuméniques sur un plan local.

Affichage de la thèse 6 :
Au Nom du Christ, les Églises s’engagent à intervenir ensemble dans les débats éthiques, en rendant témoignage à la Lumière, non pour imposer des valeurs chrétiennes, mais pour voir toujours une femme ou un homme derrière les questions éthiques, ainsi recadrer leur dimension à l’aune de l’Amour.

François-Xavier Attinger :
Pas seulement ! Sur le plan éthique, nous devons également parler ensemble. Et là, ce sera au moins sur un plan helvétique, voire international.

Philippe Genton :
Je te rejoins tout à fait : nous devons éviter les dispersions et les pertes d’autorité à force de morceler le christianisme. Nous devons reprendre parole, ensemble, par la foi qui nous rassemble.

François-Xavier Attinger :
Exactement Philippe ! Nous devons exprimer notre sensibilité commune devant toutes ces questions : Paix, Justice, Amour, Espérance, Foi…

Philippe Genton :
Il est vrai que la sécularisation nous a sensiblement conduits à vivre à crédit sur ces valeurs.

François-Xavier Attinger :
A crédit ?

Philippe Genton :
Oui. Nous sommes entraînés à les vivre comme des valeurs éventuelles et futures que l’on pourrait acquérir petit à petit, alors qu’elles sont toutes déjà accomplies par Jésus-Christ.

François-Xavier Attinger :
Finalement, nous sommes assez d’accord pour entreprendre cette réforme œcuménique ! Le principe « Ecclesia semper reformanda est : L’Église doit toujours être réformée » est bien ce qui nous rassemble. C’est l’Évangile, bonne nouvelle pour tout homme aujourd’hui !

Affichage de la thèse 7 :
Les Églises affirment que l’œcuménisme est un chemin de communion grâce auquel l’Église offre une vision du monde : celle du royaume que le Christ a préfiguré et inauguré et pour lequel Il ne cesse de prier.

Philippe Genton :
C’est le Christ ! Jésus ne nous demande pas de le suivre à la redécouverte d’un monde perdu qu’il s’agirait de retrouver ou de rejoindre. Il nous invite à le suivre vers son Royaume. Réformer, à l’instar de la Réforme et de Vatican II c’est avoir une vision: la vision d’un monde nouveau préfiguré par le Christ.

François-Xavier Attinger :
Un monde pour lequel il a donné sa vie et pour lequel il a prié. Je crois qu’il serait bon que nous réentendions cette prière :

Mariette Martinet:
Évangile de Jean chapitre 17, les versets 20 à 23.
“ Je ne prie pas seulement pour mes disciples, je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi :
que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un,
moi en eux comme toi en moi, pour qu'ils parviennent à l'unité parfaite et qu'ainsi le monde puisse connaître que c'est toi qui m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé.


Philippe Genton :
Eh bien, je te remercie François-Xavier. Ce n’était pas du tout le culte que j’avais prévu, mais tu as bien fait de venir. Il faut en effet que le principe de la Réforme survive à la sclérose qui mine nos institutions.

François-Xavier Attinger :
Je crois en effet que cette dynamique gagnera en énergie et en perspectives si nous nous retrouvons ensemble sur ce chemin en accueillant le souffle de l’Esprit.

Philippe Genton :
La Réforme c’était… demain ! En effet. A ne pas oublier. Il nous reste à dire ensemble notre foi.

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