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Culte du Vendredi Saint, Gümlingen (BE)

Diffusé le 06 avril 2012 sur RTS Un

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L'obscurité d'un terrible événement est souvent plus difficile à supporter sans la lumière pascale. Elle nous offre un espoir dans la résurrection du Christ.

Conduit par la pasteure Ella de Groot, le culte du Vendredi Saint commémore le dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples le soir du jeudi. La liturgie débute par la Cène. Elle est distribuée par des confirmands.

La chorale de la paroisse accompagne la célébration avec des chants du théologien et poète Huub Oosterhui. Jacques Pasquier est à l'orgue.


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation :
Production : SRF

Prédication

Une prédication de Ella de Groot

Le centurion, qui se tenait en face de Jésus, voyant qu'il avait expiré de la sorte, dit : Cet homme était vraiment le Fils de Dieu !
Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin.

Chers amis, ici dans l’église et chez vous à la maison,
Proximité et distance. Ce sont les perspectives que l’évangéliste Marc choisit pour décrire l’évènement de la croix. Aujourd’hui, cette histoire nous concerne-t-elle encore ? Oui, elle fait partie du patrimoine culturel de notre culture. C’est l’une des nombreuses histoires bibliques que nous devons connaître pour pouvoir comprendre d’anciennes peintures et la littérature. Mais à part ça ? Avons-nous besoin du Vendredi Saint pour nous rappeler la souffrance de ce monde ?

Cette histoire peut soudainement devenir notre histoire. Lorsque notre vie est chamboulée en profondeur. Le terrible accident de car dans le Valais, les attentats en France, ça nous laisse sans voix. C’est pour ça que nous lisons cette histoire, ces paroles connues sur la souffrance et la mort. Les mots nous manquent. Et peut-être nous manque-t-il aussi la foi en un Dieu puissant, qui aurait pu intervenir. Oui, là il nous manque, ce Dieu puissant qui fait ce que nous aimerions qu’il fasse : empêcher la souffrance, consoler, guérir.

Ce cri s’élève en nous : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » Est-ce cela la question du Vendredi saint ? La question du « pourquoi » n’a pas sauvé Jésus. Elle ne l’a pas délivré de son affreuse situation. Il n’y a pas non plus de réponse à l’autre question : « Dieu ; où es-tu ? »
C’est pour cela qu’on pose beaucoup plus la question : où suis-je, où nous situons nous dans la souffrance ? Nous tenons-nous près de la croix, comme le centurion ? Ou observons-nous les évènements de loin, comme les femmes ?

« Dieu n’est pas là », c’est ce que Jésus a crié tout fort, comme le décrit l’évangéliste. Rien n’indique que Jésus ait pu ressentir que Dieu soit présent dans la plus sombre des obscurités.
Dans l’église, on dit souvent : Dieu est proche, même quand on se sent abandonné par lui. Il est là, même quand tu te sens seul, dans tes douleurs, dans ta souffrance insupportable. L’amour de Dieu envers nous est si grand qu’il s’introduit dans toutes les obscurités, c’est ce qu’on dit, même dans la figure du mourant abandonné sur la croix.
Mais je demande : « Où donc est cet amour ? Où est Dieu, quand nous, les humains, ne sommes pas là ? Au chevet du lit d’une femme gravement malade, je me tais. « Dieu n’est pas là, même si je prie, supplie, crie. Il n’est pas là », dit-elle. Je ne peux que me taire. Comme je peux uniquement me taire lors d’une tragédie comme celle du Valais. Les paroles « Dieu est là, même dans tes ténèbres, dans ta solitude, dans tes souffrances », je n’arrive pas à les prononcer. Cette femme alitée, cette mère ou ce père qui a perdu son enfant dans le tunnel, près de Sion, qu’en-a-t-elle, qu’en a-t-il à faire de ces paroles ? On leur a pris ce qui leur était cher, le plus cher. Là se pose la question : où est Dieu ? Je ne le sais pas.

C’est ainsi que je me tiens au chevet de la femme malade et je me tais. Je me tiens sous sa croix et j’atteins mes limites. Je ne peux rien faire, sinon endurer avec elle, de manière désemparée, sa souffrance. Me tenir près d’elle, sa main dans la mienne. Ce n’est rien de plus qu’un geste de consolation au bord du désespoir. Car il n’y a pas d’espoir d’amélioration ou de soulagement de ses douleurs. Et le chemin qui mène à la délivrance par la mort apparaît encore infiniment long. Il n’y a plus d’espoir. Et pourtant elle ne doit pas abandonner : l’amour. Je ne peux pas lui enlever sa souffrance sans fin, je n’ai pas de réponses à ses « pourquoi ». Mais je veux essayer de supporter avec elle ces instants.

J’aimerais être « le centurion » au chevet de cette femme. Etre proche d’elle, la regarder et voir qu’elle est le portrait craché de Jésus. Quand, sinon lors de la neuvième heure, lorsqu’il cria, en sommes-nous pas son portrait craché ? Le centurion n’était guère volontaire pour se tenir sous la croix. Il avait reçu l’ordre de surveiller et il devait l’exécuter. Il ne pouvait pas fuir, il ne pouvait pas prendre de la distance. C’est ainsi qu’il se rapproche du crucifié. Il doit supporter cette proximité, même s’il ne la souhaite aucunement. La mort de Jésus l’a touché. Dans cette personne souffrante, il a reconnu Dieu. Mais pour cela, la proximité est nécessaire, ainsi que des yeux ouverts, les fenêtres de l’âme.

« Mais, Il y avait également des femmes qui regardaient de loin », dit l’évangile de Marc. Les femmes avaient pris de la distance. Elles n’avaient plus d’espoir. Avec elles, l’amour a disparu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Là où il n’y a plus d’espoir, souvent disparaît aussi l’amour. Pourtant on gagnerait tant si nous supportions ces moments, où plus rien n’est à espérer, où nous ne pouvons plus rien faire.

C’est ce qu’il y a de plus difficile : supporter ces moments de désespoir. Où suis-je, où es-tu, où sommes-nous dans la souffrance ? Regardons-nous de loin, comme les femmes, ou nous tenons-nous près de la croix, comme le centurion ? Même moi, je ne me tiens pas toujours volontairement à proximité. Je dois être là, je veux être là, et en même temps, je ressens l’autre force, l’aversion. J’aimerais fuir la chambre, l’endroit du supplice, la quitter dès que possible, prendre de la distance, comme les femmes. Préférer ne pas voir ça, ou alors plutôt de loin.

Le caractère grave et impitoyable de la vie se reflète dans l’histoire du Vendredi-Saint. Elle parle de Jésus, d’un être humain unique, comme nous. Et avec lui de l’ensemble de l’humanité. A quel point la douleur est-elle démesurée quand nous devons prendre congé de l’éducateur de jeunes enfants accidentés. A quel point la douleur est-elle démesurée quand nous devons prendre congés d’une personne qui ne voulait plus vivre, de la jeune mère de trois enfants, partie après une longue maladie, à quel point la douleur est-elle démesurée pour les victimes de catastrophes naturelles. Tout cela, et encore beaucoup plus, converge dans cette seule histoire, ce seul récit. Il s’agit du pire. Quand l’un de nos plus proche souffre et meurt.

Et moi, où est-ce que je me situe ? Proche ou à distance ?
C’est pour cela que nous lisons l’histoire du Vendredi Saint, année après année. Pour que nous apprenions à supporter. Le centurion supporte, il se laisse atteindre par la souffrance. Et ensuite, dans la proximité, il arrive à faire parler Dieu. « Oui, cet homme était véritablement le fils de Dieu. » En tant qu’homme, qui n’a pas fuit devant la souffrance, Jésus est nommé fils de Dieu. Pour l’évangéliste Marc, il ne s’agit pas d’élever Jésus au rang de Dieu. Non, Marc raconte la vie de Jésus en la présentant d’une manière très humaine, au point où Dieu a trouvé la parole. Jésus a donné l’exemple en vivant quelque chose de radical. Il s’est rendu solidaire de personnes qui ont été exclues de la vie communautaire à cause de la maladie et de la souffrance. La souffrance des humains a réveillé en Jésus l’amour, et lui a montré comment Dieu se manifeste : dans l’amour.
Nul besoin d’en savoir plus sur Dieu.

Pas d’intervention visible de Dieu, pas d’exercice d’un quelconque pouvoir. Il n’y a pas besoin d’en savoir plus sur Dieu. Aucune intervention de Dieu est visible, aucune action d’une force de l’au-delà. Il ne reste rien d’un dieu puissant. C’est radical, c’est provocateur : Dieu n’advient que dans l’amour. Là où cet amour manque, là où des personnes prennent de la distance, Dieu n’advient pas. La manière dont Jésus souffre et meurt est la suite logique de sa proclamation. Par sa vie et par sa mort, Jésus a montré comment Dieu agit. Ses guérisons n’étaient pas des manifestations d’une force divine supérieure, mais le signe d’une proximité humaine. Par son action, il a proclamé une nouvelle image de Dieu, une image différente. Cette image de Dieu est tellement révolutionnaire, tellement différente. Marc ne peut pas en parler différemment qu’en laissant Jésus lui-même entrer dans la crise. Là où Jésus sur la croix est abandonné par tous ses amis, il ne peut que laisser crier l’abandon de Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné. »

Il était dépourvu de tout : l’amour, la proximité, de tout ce en quoi Dieu se manifeste. Chers amis, l’histoire du Vendredi Saint peut tout d’un coup devenir notre histoire. Quand nous entendons le cri : « pourquoi m’as-tu abandonné ? » alors, c’est qu’on a besoin de nous.

Quand, sinon lors de la neuvième heure, lorsqu’il cria, en sommes-nous pas son portrait craché ? Son cri est la dernière chose dont nous pouvons le soulager et nous l’amplifions à travers toutes les bouches. Vendredi-Saint, ne pas rester à distance, renforcer son cri, se rapprocher et regarder. Beaucoup, il y a infiniment beaucoup de souffrance dans ce monde, nous ne pouvons pas l’éviter. Mais là où nous n’arrêtons pas de rester proches en amour et en fidélité de la personne souffrante, là on peut sentir Dieu, là Dieu advient, là, nous aussi, nous sommes des fils et des filles de Dieu.

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