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Culte de Pentecôte, Paris

Diffusé le 19 mai 2013 sur RTS Un

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François Clavairoly, pasteur de l’Eglise protestante unie du Saint-Esprit, et futur président de la Fédération Protestante de France nous invite à porter un regard neuf sur l’image de l’Eglise, souvent associé à un arbre séculaire au tronc unique, enraciné dans son histoire…


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation : Thierry Lécuyer
Production : France 2 – Présence protestante

Prédication

Une prédication de François Clavairoly, pasteur de l’Eglise protestante unie du Saint-Esprit

Chers amis,

Le récit de l'événement de Pentecôte attire mon attention sur ce point particulier que chacun des témoins qui se trouve dans la ville « entend parler des merveilles de Dieu dans sa langue maternelle ».

Je me suis demandé ce que pouvait bien signifier cette insistance du texte sur le fait que chacun entende parler « dans sa langue maternelle ».
Et je me suis réjouis de comprendre que c'était « chacun » des témoins qui était ici pris en compte dans sa « singularité », et que chacun était donc vraiment pris au sérieux par celui qui est à l'origine de l'événement.
Certes, il devait y avoir du monde à Jérusalem, puisque le pélerinage de Pentecôte réunissait des foules entières, et l'on cite en effet dans le texte un nombre impressionnant de nationalités.
Mais « chacun », quelle que soit sa nationalité, s'est trouvé en quelque sorte honoré d'une attention particulière car chacun a reçu personnellement un message et a compris de quoi il s'agissait, car chacun entendait parler « dans sa langue », des merveilles de Dieu.

Pentecôte est donc, je crois, cette grâce étonnante d'un événement de langage où chacun est « considéré» , au point que c'est au plus intime de soi que résonne une parole.

Ce premier point est décisif, à mes yeux, car il dit exactement la façon dont l'évangile est adressé et reçu :
Non pas imposé à des masses anonymes, en un langage unique, non pas défiguré ni traduit dans le langage religieux du dogme ou de la morale qui voudrait s'imposer à tous, quelle que soient les situations. Mais reçu par chacun dans la singularité de chaque parcours humain.
Lorsqu' à Pentecôte Dieu prend langue avec les personnes réunies dans la ville, il fait appel à leur intelligence, à leur langage, et quiconque a appris à parler peut donc être touché par lui.

Cette prise au sérieux de la diversité des langages est riche d'enseignements : tout d'abord, elle salue la richesse de ce monde qui est fait de relations entre des êtres différents.
Elle rappelle aussi que l'initiative des Réformateurs du XVIè siècle, tellement évidente aujourd'hui mais tellement combattue alors, et qui consistait précisément à traduire les textes bibliques et leur message dans les langues des différents pays où ils étaient à l'oeuvre, s'inscrivait bien dans cette compréhension du Livre des Actes et de notre récit de Pentecôte.

Cette prise en compte de la diversité des langages nous rappelle peut-être enfin et surtout que l'Eglise, selon ce récit, n'est pas tant le résultat d'un processus historique implacable menant vers un type institutionnel spécifique, uniforme ou univoque, même si en occident une partie de l'Eglise s'est construite ainsi, que le fruit d'un événement de l'Esprit.
Un événement inattendu et marqué du double signe de la diversité des langages et de la singularité de chaque croyant.
Un événement assumant pleinement à la fois l'universalité d'une promesse adressée au monde entier et en même temps la particularité de chacune des situations humaines.

Cette compréhension qui naît de Pentecôte oriente alors nos pensées vers une image de l'Eglise qui ne serait plus du tout celle, même si elle est bien connue et assez simple au fond, d'un bel arbre.
Un arbre dont le tronc, celui d'un chêne, (ne lésinons pas !), représenterait l'Eglise une, unique ; l'Eglise sur laquelle, comme par accident, même si cela lui est naturel, pousseraient malgré tout, des branches plus ou moins grandes qui apparaîtraient au fur et à mesure de l'histoire :
Des branches coptes ou arméniennes, et puis plus tard orthodoxes, et encore plus tard des branches luthériennes, réformées, baptistes, et puis dernièrement évangéliques et enfin, tout en haut, en un feuillage entremêlé, des jeunes pousses charismatiques, pentecôtistes et même néo-pentecôtistes, ici et là, toutes dépendantes du même tronc...
Mais cette image du bel arbre au tronc unique n'est-elle pas remise en question par cet événement étonnant qu'est la Pentecôte, un événement qui nous fait comprendre que brusquement et dès l'origine, une « multiplicité » de témoignages émanant de « plusieurs » chrétiens réunis, dont on ne sait s'ils sont douze, cinquante ou plus encore, dont on peut pressentir qu'ils représentent la réelle diversité programmatique des premiers christianismes, vont essaimer et disséminer le message et le culte dans toutes les cultures environnantes ?
Et ne faudrait-il pas alors plutôt substituer à cette image d'un seul tronc, celle d'un « buissonnement », celle d'un buissonnement d'arbres, comme un buisson de noisietiers par exemple, dont chaque tige, chaque tronc plonge dans le riche et fécond terreau de la Parole de Dieu, pour porter mille fruits différents ?
Ainsi pourrait-on faire droit à cette pluralité chrétienne, non pas en la constatant comme à regret au long de l'histoire ni même en la regrettant, mais en la revendiquant comme étant d'origine.

Ainsi pourrait-on comprendre que la spiritualité pentecôtiste, par exemple, ne date pas du XXè siècle mais se trouve déjà présente aux premiers temps de l'Eglise.
Ainsi pourrait-on affirmer, comme je le crois profondément, que la Réforme n'est pas un accident de l'histoire du XVIè siècle mais une réalité enracinée dans la Parole depuis toujours, longtemps enfouie, inconnue ou cachée comme il en est de ces rivières souterraines qui jaillissent un jour alors qu'on les savaient présentes et vives.
Ainsi pourrait-on comprendre l'Eglise comme un buisson, un bosquet, un bouquet, dont il faut se demander sérieusement comment il se fait que les branches, les fleurs et les fruits ne se rencontrent pas encore en pleine communion pour offrir au monde leur beauté et leur parfum.
Faudra-t-il en effet combien de siècles encore, après ce demi-millénaire de protestantisme pour que la reconnaissance entre Eglises séparées soit enfin réciproque et heureuse, en un buissonnement oecuménique et flamboyant qui raconterait à son tour pour le monde entier les merveilles de Dieu dans une diversité assumée et réconciliée?

Mais je voudrais poursuivre et finir mon propos sur l'évocation de cette diversité de nos langues maternelles pour rappeler ici que les merveilles de Dieu qu'elles proclament, précisément, sont de des réalités qui touchent aussi nos cœurs au plus profond de nous-mêmes, qui que nous soyons.
Ces merveilles sont l'amour, la joie, la liberté, la persévérance et l'espérance, fruits de l'Esprit.
Car le message dont parle l'évangile est en effet d'abord celui-ci :
« Il vient parmi nous», il est présent comme un feu, auprès de nos vies blessées et fragiles, auprès de nos corps fatigués et infirmes, il vient sécher nos larmes intérieures et consoler nos blessures secrètes, il vient même vers nos Eglises imparfaites et infidèles, il se tient de même, encore, près de nos responsables, nos élus, nos magistrats, nos enseignants, nos chercheurs, nos entrepreneurs, nos politiques qui agissent et qui prennent de la peine:

« Il vient. » Et Il nous donne du souffle. Il fait vivre en nous « et pour d'autres que nous » le bonheur d'être chrétien. Il vient, et chacun quel qu'il soit, peut l'entendre dans sa langue maternelle, s'il prête l'oreille, et c'est l'Esprit de notre Seigneur Jésus-Christ qui souffle une grâce et un pardon, écoutez-le, accueillez-le
Amen

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