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Culte transmis de la Collégiale, Saint-Imier

Diffusé le 11 septembre 2011 sur RTS Un

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11 septembre 2011, 10 ans après l’attentat de Manhattan...

En mémoire aux victimes, ce culte sera blanc, pour dépasser la haine et aller de l’avant, convaincu que la paix se construit au-delà des barrières et des frontières. Un culte également blanc comme cette mine de sel qu’est l’Evangile, en miroir avec une autre culture venue d’Amérique du Sud.

Durant la prédication, un drapeau blanc s’habille de couleurs pour se transformer en whipala, symbole de paix sud américain. Constitué de 49 pièces réparties en 7 couleurs, la whipala propose, pour chacune des couleurs, des ingrédients pour devenir un artisan de paix.

Officiants: Marie-Laure Kraft et Marc Balz, pasteurs.

Narrateur : Daniel Galataud. Messager : Tito Zeballos.


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation : Bertrand Theubet
Production : Pierre-Alain Frey

Prédication

Une prédication de Marie-Laure Kraft et Marc Balz

Marc Balz

« Heureux les artisans de la paix ; ils seront appelés fils de Dieu »
Voici LA béatitude de ce culte sur la paix ! Heureux les artisans de la paix.

Pour comprendre ces mots de bonheur à propos de la paix, il faut se demander ce qu'est un artisan de paix puisque ce sont eux qui sont bienheureux.
A la manière d'un artisan boulanger, et au final de n'importe quel artisan, un artisan de paix met la main à la pâte ; il travaille concrètement, avec ses mains, à l'image de ces porteurs de couleurs. Comme un bricoleur, pourrait-on dire. Mais serait-il juste de dire « heureux les bricoleurs de la paix » ? Il y aurait quelque chose de sympathique dans cette idée, mais d'insuffisant pour une raison. Un bricoleur travaille de ses mains le samedi, ou durant ses vacances, dans tous les cas en-dehors de son travail. Un bricoleur n'est pas un spécialiste qui se fait remarquer par un savoir-faire particulier.
Un artisan, lui, travaille avec soin ; on repère dans ses gestes une certaine noblesse et du talent. L'artisan est un professionnel qui vit de son travail. Pourrait-on dire un ingénieur de paix ? Cela sonnerait un peu trop sérieux à nos oreilles, contrairement au bricoleur, et l'image de l'artisan de paix est finalement bien choisie. L'artisan de paix est celui ou celle qui, au terme d'un long travail, d'un beau travail, peut créer la paix de ses mains et la distribuer. Non pas avec des éléments recousus, recollés, rebouchés ou bricolés tant bien que mal. Non, la paix se construit avec savoir-faire, avec le professionnalisme d'un bon artisan, qui pose méticuleusement, et avec soin, ses carrés de couleurs ! La paix est un travail de chaque jour, dans lequel l'artisan place toute son énergie et tout son coeur.

Mais bizarrement, même si la paix est l'oeuvre de professionnels, elle ne se vend pas, elle ne se marchande pas. Comment ferait-on pour en fixer le prix ?
La paix ne se vend pas, elle se donne !
Voilà donc tout le paradoxe de l'Evangile : un artisan de paix est un professionnel qui donne son savoir-faire à autrui ! C'est à cela que nous sommes appelés.

« Je vous donne ma paix » a dit le Christ !
L'artisan de paix travaille à la paix. Il consacre à la paix l'essentiel de son énergie et de son talent pour les autres, gratuitement. Aujourd'hui, le monde a soif de paix, nous avons soif de paix, alors que les médias sont fascinés par le contraire de la paix.

La date anniversaire de ce jour le rappelle douloureusement, mais en 10 ans, combien d'événements où la paix a été piétinée et défigurée ont-ils fait la une ? La terre sur laquelle nous vivons, et sur laquelle nos enfants vivront, a besoin d'artisans de paix. Et c'est urgent ! Or, on nous montre des artisans de guerre, de violence ou de profits maximum. N'y a-t-il de place que pour ceux qui détruisent avec fracas ? Le Christ déclare bienheureux ceux qui construisent silencieusement.
Mais on saurait difficilement offrir autour de soi ce qu'on ne possède pas en soi. Quelle paix donner si je ne suis pas en paix moi-même ? De quelle paix rayonner si tout en moi crie, saigne ou pleure ? Posant son regard sur moi, le Christ des Béatitudes m'invite donc à commencer par moi-même, à apprendre à recevoir de lui la paix. « Je vous donne ma paix » dit-il. Chaque jour. Et comme la paix se construit avec les mains, je peux les joindre dans le silence pour prier. Je peux apprendre à faire silence, à respirer, à m'ouvrir pour recevoir cette paix en moi. Et peu à peu, je puis ouvrir mes mains pour construire la paix autour de moi. Tout un programme donc, qui commence au plus secret de moi-même.
Par-delà les barrières des langues, des cultures, des religions, la paix s’annonce à toutes et tous, sans fracture, sans faille, d’un bout à l’autre de la vie, d’un bout à l’autre du monde, grâce aux artisans de paix dont je suis, dont vous êtes tous frères et soeurs. Tel est le projet de Dieu, annoncé et vécu par Jésus, le Christ. Et nous, enfants de Dieu, sommes tous partie prenante pour bâtir la paix.
Heureux les artisans de paix ! Ou mieux encore : en marche les artisans de paix ! En route sur les chemins colorés de notre monde.

Chaque fois que nous y arrivons, à chaque geste de paix reçu et donné, nous devenons bienheureux, alors nous pouvons être appelés fils de Dieu.

Marie-Laure Krafft Golay

« Heureux les miséricordieux, car il leur sera fait miséricorde ».
« Heureux les miséricordieux »
La miséricorde… un beau mot de la langue française, ancien. Il sonne bien, mais il n’est presque plus utilisé. Le temps l’a effacé du langage courant, avec sa richesse de sens. Pourtant, il fait bon le remettre au jour, un peu comme on redécouvre les reflets de la lumière sur un objet de valeur un peu oublié, lorsqu’on le sort d’une armoire et qu’on le polit au chiffon doux. Il redevient chaleureux dans nos mains, familier, précieux. C’est doux, alors, de s’y attarder, de savourer les retrouvailles.
« Miséricorde », ce mot nous parle de misère et de cœur ; l’adjectif correspondant y rajoute encore Dieu : « miséricordieux », belle mélodie de syllabes, qui fait résonner notre mémoire, mais pas seulement dans notre tête, là où notre savoir est emmagasiné. Non, ça chante plus profondément, au niveau de nos entrailles, ce lieu secret au fond de nous.

« Heureux les miséricordieux… »
Ils sont heureux, ceux dont l’espace intérieur est assez vaste et vibrant pour en faire jaillir la vie, quoi qu’il leur arrive. Ceux qui ont au fond d’eux un endroit large, haut et profond, où viennent résonner chaque rencontre, chaque visage, sourire, larme, humour, confidence, main tendue pour saluer, caresser, demander… Non pas ceux qui éprouvent de la pitié ou de la compassion dirigées vers l’autre, comme des sentiments définis, nommés, mais ceux qui sont miséricordieux, donc capables de recevoir l’autre entièrement, avec ses joies et ses peines, ses faiblesses, ses résistances ; ceux qui acceptent l’émotion suscitée par l’autre, avec tout ce qu’il est, que ce soit beau ou dur, et même si c’est blessant. Heureux ceux qui ont le cœur, les entrailles assez au large pour retourner toute situation, tout événement en jaillissement de vie et de pardon et de paix.

« Heureux »… traduit un terme qui signifie aussi « en route » !
Les Béatitudes montrent un chemin toujours ouvert vers aujourd’hui et vers demain. Tout est mouvement dans les Béatitudes ; le bonheur proposé ne fait pas du sur place, jamais ! Il se construit peu à peu, étage par étage, et prend forme et couleurs. A la suite de Jésus-Christ, ce n’est pas pensable de rester sur place!
Les miséricordieux ne peuvent pas être immobiles. Ils ne peuvent pas considérer que leur devoir est accompli, qu’ils ont fait juste, bien, ou qu'ils ont au contraire mal terminé leur tâche. Ils accueillent les élans qui leur nouent l’estomac, les événements qui les prennent aux tripes, les situations qui les retournent à l’intérieur, ils prennent tout cela avec eux et font en sorte d’avancer, pas à pas. Ils ne restent pas accrochés à des sécurités, à de bons sentiments ; têtus, ils tracent un chemin à leur manière, avec leurs forces, pour que la vie se renouvelle.

Le monde d’aujourd’hui a tellement besoin de miséricorde, comme il a besoin de sel, de paix, de justice, d’amour. Le manque est immense, et il se creuse en nous, aussi. Plus que de pitié ou de compassion, nous avons besoin de miséricorde, de pardon pour que les relations entre nous, entre les gens, retrouvent de la profondeur, pour qu’elles redessinent un chemin possible, là où la vie germe et se répand. Au creux du manque que nous portons en nous se cache sans doute le sel qui redonne du goût à la vie partagée, de la saveur à notre humanité. Nous sommes le sel de la terre, Jésus-Christ l’a dit : c'est notre responsabilité de garder dans notre espace intérieur de quoi donner à notre vie et à celle de nos proches une saveur plus fraternelle.

Confrontés aux Béatitudes bibliques, nous avons l’impression que la tâche est si lourde qu’elle en est impossible avant des lendemains meilleurs, avant la fin des temps. Alors ce texte nous dérange, il nous bouscule, d’autant plus que la 2e partie de la phrase nous est présentée au futur passif : « il leur sera fait miséricorde ». Avec toutes nos déformations moralisantes, nous entendons facilement que la miséricorde nous viendra quand nous en aurons fait assez pour la mériter !
C’est impossible : puisque les Béatitudes ne sont pas immobiles, mais toujours en chemin, en devenir, il n’est pas question d’accumulation, de mérite ou de quoi que ce soit ! La miséricorde de Dieu, sa tendresse, sa justice et son pardon, est chaque jour en devenir, elle est toujours en train de nous être donnée. Par ce don merveilleux, nous sommes redressés, re-suscités, rendus libres et capables, nous aussi, de faire grandir chaque jour en nous et autour de nous la miséricorde !

Amen.

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