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Culte transmis de l'église de Poschiavo (GR)

Diffusé le 16 octobre 2011 sur RTS Un

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La communauté protestante de Poschiavo est parmi la plus ancienne de la partie italienne des Grisons. Son origine remonte à la première moitié du 16ème siècle. L’église a été construite au milieu du 17ème siècle et a subi une importante restauration en 2010.

Le cimetière de la paroisse et ses pierres tombales sont les témoins de l'extraordinaire histoire de l'émigration du 19ème siècle, qui a vu partir les protestants de la vallée vers la Pologne, le Danemark, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Espagne, l’Italie ou la Russie, en quête de travail.

De nombreux émigrés ont trouvé la mort à l'étranger, mais ils tenaient à ce qu'une trace de leur existence reste dans le cimetière de Poschiavo...

La séparation, le deuil et la mémoire sont les thèmes de ce culte. La prédication est donnée par le pasteur Antonio Di Passa, avec le chœur de Poschiavo, les enfants de la communauté et leur catéchète Luciana Albertini-Nussio.  


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation :
Production : RSI

Prédication

Une prédication de Antonio Di Passa, pasteur

Chère communauté,

Il existe une tarte, dans le monde anglo-saxon, appelée “mort par chocolat”. C'est une telle exultation de chocolat qu'elle fait venir l'eau à la bouche seulement en y pensant... et bloque des artères en la mangeant! Pour les “drogués” du chocolat, c'est la dernière tentative d'adoucir l'amère réalité: chacun de nous mourra.

Même si l'on passe deux heures par jour en transpirant sur les agrès de fitness, même si l'on prend des vitamines et des préparations énergétiques, même si l'on réduit le stress, nous sommes tous destinés à mourir: qui “de chocolat”, qui d'accident, qui de maladie, qui de vieillesse.
La mort est l'événement certain de la vie, l'expérience commune à toute l'humanité. Riches ou pauvres, savants ou ignorants, nous allons tous mourir.

Le fait que ce soit un événement avec lequel tout le monde se confrontera tôt ou tard ne facilite pas notre réflexion sur la mort. On ne sait que trop bien que beaucoup de monde reste bloqué dans une négation de la mort. On voudrait la garder aux marges de la vie. On est mal à l'aise aussi bien avec les mourants qu'avec les souffrants ; on n'a pas de mots pour exprimer notre proximité. Montrer la douleur crée embarras, on a de la peine à montrer nos sentiments. Des fois on parcourt des labyrinthes verbaux pour ne pas dire le mot “mort”: on dit “il s'en est allé”, ou “il a disparu”.

Nos valeurs sont la beauté, la jeunesse, le succès, la richesse. Ce que l'on n'aime pas, on l'élimine ; on esquive les malades et les vieux. Refuser la pensée de la mort, on pense, nous évitera d'en être la proie.
Un récit rabbinique raconte l'histoire d'une femme riche dont le fils mourut. Cette femme alla chez un sage qui opérait des miracles. La femme offrit à l'homme sa richesse s'il ramenait son fils à la vie. Le sage lui demanda de lui amener un morceau de charbon d'un foyer où la mort n'avait jamais frappé et où personne ne serait en deuil. La femme revint après une année, dit le récit, sans le charbon, mais avec un cœur qui avait accepté que la mort fait partie de la vie.

L'auteur de l'épître aux Hébreux, dont nous avons entendu un passage, ne nie pas la réalité de la mort. Il parle de notre mort et de la mort de Jésus. “Tout être humain est destiné à mourir une seule fois, puis à être jugé par Dieu. De même, le Christ aussi a été offert en sacrifice une seule fois ...” (He 9,27-28a). Jésus aussi est mort, tout comme toutes les femmes et tous les hommes, comme nous tous. Il a expérimenté la fragilité et la finitude humaines. Mais selon l'auteur de l'épître aux Hébreux, en vertu de la mort du Christ, notre vision de la mort change entièrement.

Quand quelqu'un meurt, on dit que “le monde est appauvri, qu'il manquera à la société” ou que “l'humanité souffre une lourde perte”. Nous ne pouvons pas dire la même chose de la mort de Jésus. Le monde n'en a pas été appauvri, mais enrichi. En tant qu'héritiers de Jésus, à sa mort nous sommes entrés en possession des promesses divines. Jusqu'à ce que Jésus, sur le Calvaire, n'ait dit: “Tout est achevé”, l'humanité n'est pas entrée en possession de son trésor le plus grand et de sa plus grande espérance. Le sacrifice du Christ nous met en relation avec Dieu, pardonne nos péchés et nous ouvre au futur.

La mort et la résurrection du Christ ont changé la signification de notre vie et de notre mort. Son sacrifice nous a ouvert à la rédemption et au pardon. Jésus a transformé la mort humaine d'une fin à un commencement, d'un échec et d'une défaite en une nouvelle vie triomphante. L'apôtre Paul a écrit à la communauté chrétienne de Corinthe:
“La détresse que nous éprouvons en ce moment est légère en comparaison de la gloire abondante et éternelle, tellement plus importante, qu'elle nous prépare. Car nous portons notre attention non pas sur ce qui est visible, mais sur ce qui est invisible. Ce qui est visible est provisoire, mais ce qui est invisible dure toujours.” (2 Cor 4,17-18)
L'apôtre ne nous confirme pas dans notre tendance à ignorer ou à nier la mort, au contraire, il nous donne une vision chrétienne de la mort. Pour le croyant, ce n'est pas le rien qui suit la mort. Dieu en Christ reconstruit notre chemin dans l'existence la plus authentique.

Il existe un récit d'une conversation imaginaire entre une mère et son enfant dans le ventre, au huitième mois de grossesse. La mère caresse son ventre et dit à sa créature: “Mon petit, bientôt tu devras naître. Un mois encore et tu sortiras du ventre à la vie. Nous attendons avec impatience ta naissance.” Le petit répond: “Je ne veux pas naître. J'aime ici. J'ai tout ce dont j'ai besoin. Il fait nuit, c’est humide et confortable. Ne me parle pas de naître.” La mère répond: “Mais mon petit, dehors c'est magnifique. Il y a le soleil, les fleurs, les rires, la danse, les amis et la musique. C'est bien mieux. Ce sera mauvais pour toi de rester là-dedans trop longtemps.” L'enfant réplique: “Je ne sais rien de toutes ces choses. Je sais seulement qu'ici j'ai tout. Je préfère ce que je connais à ce que je ne connais pas.”
Puis l'histoire continue, 80, 90 années plus tard. L'enfant qui ne voulait pas naître est maintenant adulte. La conversation continue. Cette fois avec le Père céleste: “Mon Fils, je t'aime. J'ai tout pourvu pour toi. Je suis venu en Jésus Christ mourir pour tes péchés. Je sais que la vie est terrible, mais c'est seulement un cheminement vers ma présence. J'ai cherché à te décrire dans la Bible une vie meilleure qu'aucune autre. C'est une vie de qualité. Bien que j'aie employé mes meilleurs exemples pour te faire comprendre cette réalité, elle dépasse toute expérience vécue. Aie confiance en moi.” Adulte, cet homme n'a pas changé: “Je ne comprends pas de quoi tu parles. J'aime ici. Je ne veux pas mourir. Je ne crois pas que l'on puisse être mieux qu'ici.”

Rester attaché à ses biens, à ses certitudes, à soi-même, à son présent, à son identité, à ses ressources, ce n'est pas un chemin chrétien. La vie chrétienne implique de se donner soi-même, de partager, de laisser aller. C'est Jésus qui fait la différence. Si on le rencontre comme ami – et non pas comme étranger – sa mort nous donne la vie maintenant déjà.

Personne de nous ne sait si l'on mourra “de chocolat” ou de vieillesse, ou pour quelle autre raison. Il est sûr, par contre, que la mort est notre réalité commune. La pousser aux marges de nos pensées n'aide pas. L'auteur de l'épître aux Hébreux jette une lumière nouvelle sur notre condition. Il nous dit que la mort – et la résurrection – du Christ nous rendent héritiers des promesses divines. Devant nous s'ouvre un chemin qui ne nous appauvrit pas, mais qui au contraire nous enrichit. “Tout est achevé”, et nous sommes entraînés dans le nouveau royaume de Dieu, parce que nous avons Jésus comme ami! Nous ne cherchons pas les choses qui passent, nous ne nous agrippons pas à ce qu'on nous ôtera, mais nous regardons les biens de Dieu. Nous ne prenons pas les routes de l'autoconservation, mais nous osons par la foi prendre la route du don de soi, comme l'a fait le Christ. Nous plaçons notre confiance en celui qui a vaincu la mort et nous donne la vie, une vie renouvelée et éternelle. Amen.

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