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Culte transmis de la cathédrale Saint-Pierre de Genève

Diffusé le 23 mars 2014 sur RTS Un

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Les pasteurs-es Marie Cénec, Carolina Costa-Micucci, Jérémy Dunon, Bruno Gérard et Alexandre Winter sont cinq nouveaux ministres de l'Eglise protestante de Genève. Emmenés par Albert-Luc de Haller, pasteur et ancien modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres, ils témoignent de la foi qui les anime et de leur désir d'engagement sur le thème de l'interpellation de Jésus "qui dites-vous que je suis ? " 

Ils sont accompagnés par la chorale «Gospel Spirit», Vincent Thévenaz à l’orgue.


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation : Murielle Landry
Production : Pierre-Alain Frey

Prédication

Une prédication de Marie Cénec, Carolina Costa-Micucci, Jérémy Dunon, Bruno Gérard, Alexandre Winter et Albert-Luc de Haller

1er témoignage

Intervenante: Marie Cénec

«Qui dis-tu que je suis?» Le Christ me pose la question; malaisé de lui donner une réponse toute faite!

Je réponds qu’il est, pour moi aujourd'hui, la figure du questionneur, celui qui sait poser la question qui met en route et …déroute.

Il me semble que dans les Evangiles, Jésus n’est jamais dupe du jeu des apparences, du mensonge, des forces délétères qui peuvent animer celles et ceux qu’il rencontre. Il lutte contre la fascination que peuvent exercer toutes les formes de pouvoir sur un cœur humain. Et il pose la question qui permet aux êtres qui viennent vers lui de se recentrer sur ce qui les rend vraiment vivants.

Pour moi, il est le questionneur, celui qui me demande: «Que fais-tu de ta vie?», «Quelle place y laisses-tu à Dieu, à l’Esprit?»

Et il est aussi celui qui me laisse le temps de répondre. S’il y a parfois urgence à se questionner et à se remettre en question, prendre son temps pour donner une réponse est sage.

Alors, si aujourd’hui il me demande: «Qui dis-tu que je suis?»… D'abord gagner du temps en disant que je ne peux y répondre seule! D’ailleurs, dans l’Evangile, il adresse la question à plusieurs: «Qui dites-vous que je suis?».

Pour balbutier aujourd’hui une réponse, j’ai besoin des autres, de tous ces autres qui ont eux aussi travaillé à trouver une réponse en scrutant les Ecritures; de tous ces autres qui ont essayé de trouver les mots adéquats pour dire l’identité de Celui qui sans cesse nous échappe.

Il me semble impossible d’enclore le Christ dans quelques mots, impossible de donner une seule réponse à sa question! «Christ», «Emmanuel», «Fils de Dieu», «Fils de l’Homme», «Prophète», «Ressuscité»…: Aucun de ces mots n’est suffisant!
Il me faut accepter l’incomplétude de ma réponse et l’inconfort d’une foi qui jamais ne se dit en plénitude. Accepter que ce Christ m’échappe à jamais, son identité restant une question toujours ouverte.

Je ne vous prouverai jamais que Jésus est Fils de Dieu, je ne vous prouverai jamais que la foi chrétienne est la seule révélation valable. Mais la seule chose à laquelle j’aspire, c’est de pouvoir partager le dynamisme que je ressens dans l’Evangile et la force de provocation que contient cette question: «Qui dites-vous que je suis?»

Ce qui me plaît dans cette question, c’est qu’elle me met en mouvement, nous met en mouvement ; elle est la question qui relance notre quête spirituelle quand nous nous endormons sur nos convictions ou que nous cédons à la tentation d’une religion-refuge. Ce que j’aime dans cette question, c’est que je n’aurai jamais assez d’une vie pour y répondre...

2ème témoignage

Intervenant: Bruno Gérard

Oh Jésus,
Aujourd'hui, je marche...relevé par ta Parole: «Qui dites-vous que je suis?»
Cette interpellation est-elle pour moi, pour les autres? Pour moi et les autres …
Y'en a qui savent ... trop parfois:
«Chut, ne le dites à personne».
Y'en a qui sont découragés...trop parfois: $alors ils s'arrêtent là au beau milieu de rien.
Y'en a .... et moi
Moi, aujourd'hui je marche, j'étends les bras et ne te trouve plus.
Où es-tu? Là, devant, non au milieu ... voilà je te saisis...
chuuuuuuuuut
Laisse-moi te rejoindre tendre compagnon de marche.
La cohorte se bouscule, tous veulent te saisir mais toi, tu les rabroues sur le chemin.
«Qui dites-vous que je suis?»
Des fois tu ES dans ma vie, tu la rempli, tu es tout...
Mais chut, ne le dites à personne!
Des fois tu es là, mais je te cherche, tu n'ES plus du tout
Mais chut, ne le dites à personne!
Des fois, avec mes compagnons de marche, nous comprenons
Mais chut, ne le dites à personne!
Des fois, avec mes compagnons, nous quittons le chemin
Chute!
Du fond de mes petites et grandes joies
Du fond de mon désespoir
Dans la routine de mes jours
Je me présente à toi, ô fidèle compagnon... sans réponse. Amen.

Du silence à ta question s'élève un sourire.
Du silence de ma réponse se dresse la grâce de ton accueil: simplement viens, me dis-tu!
Du silence de ma foi s'élève ta croix que tu allèges sur mes épaules
Sourire, grâce, accueil, ta croix... c'est ton pardon sur nous, marcheurs en ton Eglise.
Dites-le au plus grand nombre
Disons-le, ici, à Genève
Dites-le où vous êtes ...
En marche!
3ème témoignage

Intervenant: Jérémy Dunon

Et toi Jérémy! Qui dis-tu que je suis? À y regarder de plus près, la réponse à cette question varie d'un temps à l'autre de ma vie. À ce propos, je remarque que certaines périodes de mon existence sont plus propices au questionnement théologique et à la quête du sens. D'ailleurs, je ne suis pas seul: la question que Jésus me pose est inséparable de celle posée aux autres. L’une dépend de l’autre. Impossible de dire ce que Jésus est pour moi sans me laisser déplacer par ce qu’en disent les autres.

C’est ainsi que lors d’une hospitalisation où j’ai expérimenté l’impuissance, l’impossibilité de faire, mais le temps de devenir, d’advenir, je me revois adolescent sur la voie de la professionnalisation sportive, adopter le Jésus ayant fonction de «Guide» de mes parents, sans pour autant vouloir le laisser me diriger. Puis, repensant ma vie à l’aune de ce que j’avais reçu comme valeurs, je détricote mon rapport à la transcendance, ma relation à Jésus. J’exhume alors un large spectre de représentations concernant Dieu. De la crèche à la croix, du baptême à l’ascension, où les caricatures de Christ ne manquent pas. Ayant cheminé avec chacune d’elles, je reconnais qu’elles m’ont toutes porté et nourri à une époque de ma croissance spirituelle.

Pendant tout ce temps, la question de départ revient lancinante, m’empêchant de m’installer dans une réponse unique, définitive, me poussant à revisiter sans cesse mon rapport à Christ. Puis vient pour moi le temps de l’engagement, le temps de la découverte de ma propre vocation.

Aujourd’hui, aumônier à l’hôpital, loin de s’estomper la question se fait encore plus pressante: qui est-il à mes yeux d’homme, à hauteur de vue de pasteur?
Je répondrai ainsi: Celui qui m’accompagne chaque jour dans mon ministère d’écoute et de soutien spirituel, est, entre-autre, ce qu’en disent ceux au chevet de qui je suis envoyé. Il est surtout le visage des anonymes rejetés, la voix des bâillonnés, la main tendue aux exclus, l’ami des doutant de leur foi, l’astre des tâtonnants, le repaire des égarés, le salut des perdus. Il est encore la porte, toujours ouverte, celle qui conduit au Père, l’eau toujours disponible qui désaltère, une énigme renouvelée grâce à qui je crois, une source inépuisable de nourriture pour ma foi. Puissé-je chaque jour lui donner un visage, rendre compte de sa présence en et hors moi, partout, et surtout là où on ne l’attend pas.

Lecture biblique: Marc 8, 31-34

Intervenant: Albert-Luc de Haller

Alors Jésus se met à donner un enseignement à ses disciples : il faut que le Fils de l'humain souffre beaucoup, qu'il soit exclu par les anciens, les grands prêtres et les "spécialistes en Ecriture sainte", qu'il soit tué et qu'après trois jours il se relève de la mort. Il dit cela très clairement. Alors Pierre le tire à part, se met à le rabrouer. Mais Jésus se retourne voit ses disciples et rabroue Pierre. "Va derrière moi, Satan. Tu n'as pas les pensées de Dieu, mais celles des humains." Il appelle la foule à les rejoindre, lui et ses disciples, il leur dit à tous : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il se renie, porte sa croix et fasse route avec moi."



4ème témoignage

Intervenante: Carolina Costa-Micucci

Ah Jésus, Iéshouah! Tu nous demandes qui tu es?
Mais oserai-je seulement répondre moi, après avoir lu comment tu as rabroué Pierre ton disciple qui a osé une réponse?
Voilà des années que je marche derrière toi. Que j’essaie moi aussi tant bien que mal de te suivre. La première fois que j’ai vraiment fait ta connaissance, j’étais adolescente. Tu étais le révolutionnaire anarchiste de l’Amour. Quoi de plus parlant pour une ado de 15 ans qui avait encore tant d’illusions et de rêves de voir le monde devenir meilleur qu’il n’est!

Comme jeune femme je t’ai découvert si libre! Te voir marcher systématiquement à contresens du «bien-pensant», du «c’est comme cela qu’il faut dire, être, penser», du «on fait ainsi parce que cela s’est toujours fait». Oui, Ta liberté totale a fait naître en moi le désir profond de m’affranchir, moi aussi, de mes enfermements, de mes peurs, de mes préjugés. Une quête du soi au cœur de Toi.

Comme pasteure stagiaire, j’ai continué d’apprendre à Tes côtés ce qu’est Ton accueil inconditionnel et sans jugement de l’autre. Ne jamais le réduire à son origine, ni à sa religion, ni à ses croyances, ni à son statut social, ni à sa couleur politique, ni même à ses fautes. Mais qui le regarde dans son entier, comme un être aimé de Dieu autant que n’importe lequel d’entre nous.

Chaque jour que tu me donnes à vivre est devenu marche à ta suite, celle d’une apprentie du Maître de Vie. Au service de l’Amour compassion tel que Tu l’enseignes. Et je découvre toujours plus la force et la profondeur de Ta parole «demeurez dans mon amour» pour traverser le mal, la souffrance et le non-sens. Seule voie de salut.

La femme de foi et la pasteure que je suis à présent, avec la même audace que Pierre, ose croire à l’impossible. Oui, j’ose croire que Toi, Jésus de Nazareth, Tu es le visage du Père, l’Etre Premier, l’Unique, Celui dont aucun mot ne peut faire le tour. Celui en qui tout est Un. Mon Dieu.

Demain, je me plongerai encore et encore dans les Ecritures, pour y puiser la source d’eau vive. Dans la prière pour y poursuivre notre dialogue et dans l’attention à mon prochain pour T’y rencontrer.

Seigneur, sur cette voie, aide-moi, aide-nous à T’accueillir toujours plus en nous, pour qu’un jour ce ne soit plus nous qui aimions partiellement, mais Toi, qui aime entièrement à travers nous.

Seigneur, derrière toi, aide-nous à nous tenir humblement près de Toi dans tous lieux de souffrance, d’exclusion, de mort, mais aussi de joie, de vie, de résurrection. Car c’est là, au plus près de l’humain, que nous Te trouvons. C'est là que Ton Royaume de justice, de paix et d'amour s'accomplit.

Seigneur, dans cette marche, aide-nous à garder les yeux de nos cœurs ouverts, et permets-nous de voir Ta puissance à l’œuvre dans les moindres recoins de Ta création.

Amen.

5ème témoignage

Intervenant: Alexandre Winter

«C'est Badou qui m'a appris à faire ça», «Algoriane a encore renversé tout son sirop sur ses habits...»

Notre fille est à un âge où elle donne des noms à toutes sortes de personnages imaginaires. Certains de ces noms lui sont familiers, d’autres apparaissent au gré d’une histoire ou d’un jeu. Parfois, elle en choisit un puis se ravise, sentant que tel nom ne convient pas à tel ou tel de ces personnages.

Le nom c’est donc déjà un imaginaire, c’est déjà la réalité prononcée de quelqu’un, c’est déjà donner l’être par la parole.

Quand ai-je appris à donner un nom à Dieu? Comment ai-je appris à nommer celui que j’appelle aujourd’hui par ce nom de SEIGNEUR, ce SEIGNEUR que l’Eglise a reconnu en Jésus-Christ?

Je l’ai appris, pas à pas, dans la communauté et la solitude, dans la lecture et la prière, dans la discussion et le silence.
Je l’ai appris grâce à plusieurs personnes, de celles qu’on peut appeler des témoins.
Des hommes et des femmes qui ont été paroles d’Evangile pour moi, qui m’ont appelé à cette confiance fondamentale devant Dieu.

Le disciple du Christ que j’essaie d’être est celui qui ne cesse d’apprendre.
Celui qui garde ouverts ses yeux et ses oreilles, celui qui marche à la suite d’un maître qu’il ne comprend pas toujours, qui répond parfois trop vite, parfois trop lentement.

Mais puis-je réellement être ce disciple?
Si je le peux, ce n’est certainement pas seul.
Si je le peux, c’est parce que Dieu, sur le chemin, toujours à nouveau, me demande qui Il est pour moi.
Si je le peux, c’est parce que d’autres m’aident à retrouver la braise sous la cendre.
Et je le sais, j’ai à me donner dans ma réponse.
J’ai à dire, non seulement ma confession ou ma conviction, mais un «me voici» qui m’engage entièrement.
J’ai à découvrir ce nom que Dieu me donne et qui ne me sera jamais enlevé.
Si je peux être chrétien et si je peux être pasteur de l’Eglise, c’est parce que Dieu me donne toujours à nouveau l’occasion de l’appeler SEIGNEUR. Au-delà de mes erreurs, au-delà de mes oublis, encore et toujours Il attend ma réponse à son appel.

6ème témoignage

Intervenant : Albert-Luc de Haller

"Alors, Jésus leur ordonna sévèrement de n'en parler à personne."

Et nous, nous ajoutons paroles sur paroles… Alors, encore une de plus?
Oh, c'est vrai que ce silence concerne d'abord Jésus car, pour Marc, aucune parole à son propos ne peut être prononcée tant que tout n'est pas accompli, aucune parole n'est possible avant Pâques.

Et pourtant le silence ordonné me frappe et vient interroger de plein fouet près de 40 ans de ministère pastoral. Ce silence me frappe quand les Eglises réformées redécouvrent aujourd'hui la valeur du témoignage et de l'évangélisation. Ce silence me frappe quand je suis appelé à témoigner devant vous ici et devant vous là-bas!

Faut-il encore ajouter des mots? Sinon pour dire que le silence est au cœur de mon témoignage, silence d'une certaine parole qui fait place pour un temps à l'action à laquelle Jésus m'invite, à une parole en actes. D'ailleurs, Jésus lui-même annonce sa passion à venir et la nécessité pour le disciple de prendre sa croix. Le silence exigé laisse place à l'agir de Dieu en Christ et en moi, en nous.

Qui es-tu Seigneur, sinon celui qui m'as appelé à la cohérence de ma vie dans sa globalité de parole et d'acte? Qui es-tu, sinon celui qui a vécu en sa chair même cette cohérence? Oui, tu as fait les frais de cette cohérence à laquelle tu sais bien que je ne suis pas toujours parvenu.

Oh mais, c'est vrai, j'aurais dû répondre de manière plus "théologiquement correcte", comme on dit politiquement correcte. Messie? Tu l'es! Je n'en ai aucune doute, mais à ta manière. Celle que j'ai vécue dans ma découverte petit à petit tout au long de ma vie. J'ai certes parlé d'un Messie de catéchisme. J'ai parlé d'un Messie proche par l'Ecriture et j'ai tenté de partager ces convictions avec beaucoup et de diverses manières.

Mais ce qui pour moi aura été jusqu'ici le plus important, c'est le Messie sur mon chemin, ou, plutôt que le Messie, le Présent sur mon chemin. Comme à côté à certains moments, comme au-dedans à d'autres, mais jamais vraiment loin.
Car ma vie, comme celle que tu as vécue avec tes disciples, c'est d'être en chemin. Vers d'autres horizons, et d'autres personnes, comme tu es allé au-delà des frontières et terrains connus.

C'est en chemin que tu poses cette question ô combien difficile à résoudre ; c'est sur le chemin que tu invites le disciple à te suivre.

Tu étais le Présent sur mon chemin, et donc sur leur chemin, quand j'accompagnais des malades hospitalisés, les catéchumènes en recherche, les pasteurs et les diacres dans leur vie professionnelle ou personnelle; tu es le Présent quand j'accompagne les résidents d'un EMS dans la dernière étape de leur vie. Combien de fois ne me suis-je dit, après un culte, que vraiment tu étais là, en en découvrant après coup la logique et l'harmonie!

Qui es-tu, Seigneur, sinon celui qui a été, est et sera le Présent sur mon chemin, simplement, discrètement mais vraiment.

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