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Culte de la Réformation, en direct de la cathédrale Saint-Pierre de Genève

Diffusé le 02 novembre 2014 sur RTS Un

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Pour le dimanche de la Réformation, la région Arve et Lac de l'Eglise Protestante de Genève fait se rencontrer des adolescents et Marie Durand, figure historique de la résistance des Réformés à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes, en 1730.

"Résister", un mot qui a eu son sens pour Marie Durand. Quel est celui que nous lui donnerions aujourd'hui? Nous conduirait-il à être enfermés dans d'autres murs? Ou au contraire, la résistance ouvre-t-elle des espaces nouveaux à l'expression de notre foi?

L'occasion de s'interroger sur nos racines, note actualité et notre avenir.

Prédication: Bruno Miquel

Avec la participation de Vanessa Lagier, Florence Auvergne-Abric, Eric Imseng, et Michel N'seir.

A l'orgue: Vincent Thévenaz accompagnant les choeurs de Chêne et Vandoeuvres sous la direction de Suzanne Golaz-Oppliger et Didier Bonvin


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation : Murielle Landry
Production : Pierre-Alain Frey

Prédication

Une prédication de Bruno Miquel, pasteur

Ne crois-tu pas, Quentin, que tout appel à la liberté est souvent ressenti comme subversif? Combien de ces appels à la liberté de penser, de croire, de s’exprimer ont été étouffés, réprimés durement par les états totalitaires, hier comme aujourd’hui dans le monde! Marie Durand emprisonnée 38 ans à la Tour de Constance, et vous, Messieurs Vermeil, Guillaume Coq, Nadal, envoyés aux galères pour y mourir parce que vous étiez de cette Religion prétendue réformée au temps du roi Louis XIV, un seul Roi, une seule loi, une seule foi.

Être libre… n’est-ce pas le rêve de chacun? … de l’enfant au vieillard en passant par l’adolescent. Une aspiration profonde qui habite le cœur de l’homme. La philosophie grecque met en avant la liberté comme un des biens les plus précieux à conquérir. Liberté, un mot dont la racine signifie «croître sans entrave».

Dans l’un de ses poèmes, Paul Eluard pousse ce cri:
«liberté, j’écris ton nom / et par le pouvoir d’un mot / je recommence ma vie / je suis né pour te connaître / pour te nommer ».

Oui, nous sommes tous nés pour connaître la liberté. Freedom, libertad… un mot écrit en lettres de sang par les peuples qui vivent l’oppression. Combien d’hommes et de femmes ont donné leur vie pour elle sur les champs de combat?!

Dans le monde moderne, la liberté est présentée comme le moyen par excellence de s’épanouir plaçant du même coup l’intérêt personnel en premier. Elle fait en quelque sorte la promotion du «moi», de mes propres intérêts, avec le risque de reléguer au second plan l’autre et la collectivité. Une liberté individuelle relative, car l’homme restera toujours tributaire des multiples conditionnements et déterminismes biologiques, héréditaires, psychologiques, éducationnels.

J’ai en mémoire un dessin illustrant un oiseau déployant ses grandes ailes virevoltant dans les airs et répétant à l’envie «Je suis libre… je fais ce que je veux…» et tout à coup, paf!, l’oiseau s’écrase contre une vitre. Comme pour signifier que toute liberté a des limites, et ne pas en être conscient c’est risquer de se rompre les ailes!

Dans le monde biblique, le sens de la liberté est très différent. En effet, la Bible nous enseigne que la vraie liberté se trouve justement dans le fait de ne plus être esclave de son «moi», de nous en libérer, de ne plus être dominés par notre nature que Paul appelle la chair. Un être de chair est un être qui s’inspire de lui-même. Il œuvre à son propre salut. Il en est la source alors qu’il sait pertinemment que sa nature est fragile, faillible, faible.

C’est l’expérience qu’a vécue Martin Luther au XVIème siècle, ce moine tourmenté par l’impuissance de trouver par lui-même le repos de son âme jusqu’au moment où il découvre dans les Écritures que c’est par grâce que l’homme est sauvé, libéré. Que la liberté n’est pas quelque chose à acquérir sans cesse et au prix d’efforts infinis, mais qu’elle se reçoit gratuitement comme un don, un cadeau de la part de Dieu en Jésus-Christ.

En ce jour du dimanche de la Réformation, et dans un monde où tout se mérite, s’évalue, se paye, se gagne, il est bon de rappeler la force de la grâce, de la gratuité de l’amour… de l’amour de Dieu, oui, qu’aucune œuvre n’est nécessaire au chrétien pour son salut, pour être « comme il faut » devant Dieu. Oui, rappeler la force du don!

Mais pourquoi avons-nous tant de peine à recevoir de l’autre, gratuitement?
«C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés» dit Paul aux nouveaux convertis de Galatie. Alors, ne vous laissez pas à nouveau enchaîner par la loi paralysante, le péché, le salut au mérite. Ne cherchez plus à savoir si il faut être circoncis ou non, si vous faites juste ou non pour plaire à votre Seigneur. Laissez-vous habiter définitivement par la force de l’amour! «Ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi» dira Paul.

Et pour nous, Chrétiens d’aujourd’hui, dans notre pratique de la foi, laissons-nous assez de place au Christ pour nous sentir libres face à notre nature, avec tout ce qu’elle contient de passions et de pulsions, libres face aux autres, libres face à l’institution?
Les libertés qu’une société nous laisse, nous l’expérimentons, ne suffisent pas pour être en paix. L’apôtre Paul nous invite à travailler notre liberté intérieure, celle qui naît d’une rencontre personnelle avec le Christ.

Ce qui ne veut pas dire que tout devient plus facile, mais cette alliance donne l’énergie de vivre, de lutter, de résister...n’est-ce pas Marie?

Oui, plus que de libertés nouvelles, l’homme a besoin de libération intérieure!

J’aime parcourir les Évangiles, car nombreux sont les récits qui témoignent de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants remis debout grâce au pardon, à la guérison, à la parole.
J’aime profondément ce Jésus dont la seule force est l’amour. J’aime sa profonde liberté face aux légalistes et aux personnes de mauvaise réputation, face aux autorités politiques et religieuses, profonde liberté même face à la mort. Être chrétien c’est être porteur de cette liberté vécue par le Christ, toujours tournée vers Dieu et les autres, verticalité et horizontalité de la croix!

Il est bon de méditer cette exhortation de Saint Augustin: «Aime et fais ce que tu veux!» cette parole dit en même temps les limites… et le champ de tous les possibles lorsque l’amour est au cœur de nos relations.

«C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés… ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage» insiste l’apôtre Paul.

Mais pour nous aujourd’hui, quel serait cet esclavage qui pourrait nous ôter, au sens biblique, notre liberté?
Peut-être notre tendance «selfie», c’est une image!, cette tendance actuelle à se tourner vers soi-même, à ne voir parfois plus que soi-même, et alors finir par s’enfermer. Nous sommes nés pour aimer et être aimés, pour nous ouvrir à l’amour et donc à l’autre. «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force… et tu aimeras ton prochain comme toi-même».
Marie, pourquoi n’as-tu pas abjuré? Tu aurais pu avoir une vie normale de femme dans les Cévennes. C’est pour tous les témoins de la foi qui avaient perdu la vie ou qui la risquaient qu’elle tenait bon, Marie! Résister pour que leur combat ne soit pas vain.

«Par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres!» dit l’apôtre Paul, autrement dit être libre au sens biblique, c’est être serviteur, solidaire des autres, une approche assez originale et paradoxale de la liberté ! L’homme, délivré de l’attraction à la longue épuisante de son ego, libère et déploie du même coup les forces vives et créatrices de son être. Lorsque le Christ, lorsque l’amour nous saisit, nous voyons alors notre vie s’inscrire naturellement dans des élans de solidarité, d’engagements, de bénévolat, dans l’Église, la Main Tendue, le Centre Social Protestant, le scoutisme, la Marche de l’Espoir, l’accompagnement des malades… et dans tant d’autres lieux encore… à commencer par la famille. Un appel à la responsabilité dans ce monde.

«Mais tenez ferme» nous prévient Paul…. Il est vrai que la liberté au sens biblique est fragile, et que nous sommes vite rattrapés par des forces aliénantes. Il nous faut sans cesse puiser notre force dans la communion au Christ, par la prière, les sacrements, la lecture communautaire de la Bible, oui… ancrer fermement notre liberté dans la personne du Christ et l’Esprit.

À Dieu seul la gloire… mais souvenons-nous que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, l’homme libre!

Amen

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