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Culte de la nuit de Noël transmis de l’église Saint-Nicolas de Lemgo dans le nord de l’Allemagne

Diffusé le 24 décembre 2014 sur RTS Un

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Cette année, le culte de la nuit de Noël vient du nord de l'Allemagne, plus précisément de l'église St-Nicolas dans la ville de Lemgo, située à une centaine de kilomètres de Hanovre.

Avec le pasteur Andreas Lange et son équipe, la prédication propose une réflexion sur les liens familiaux toujours significatifs en cette période de Noël.

Aujourd'hui, la famille est toujours importante dans notre société. Comment se constitue-t-elle? Comment s'anime-t-elle et pourquoi? Le père n’est-il défini que par le lien du sang? Malgré les irrégularités de son livret de famille "la sainte famille“ peut nous orienter.

Pour cette soirée du 24 décembre, la célébration est également très musicale, créant un pont entre les siècles. La chanteuse Ulrike Wahren et le quartett Blue Moon de Lemgo remplissent l’église de sons jazzis. L’ensemble vocal de la maîtrise de Lemgo, sous la direction de Friedmann Engelbert chante de traditionnels hymnes de Noël, le directeur de musique d’église Jobst-Hermann Koch est à l’orgue.  


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation :
Production : ZDF

Prédication

Une prédication de Andreas Lange, pasteur

Superintendant Andreas Lange
Chers amis, vous est-il déjà arrivé de jouer le rôle de Marie ? Ou celui de Joseph ? A l’école ou à l’église, lors d’un jeu de crèche ? Je me souviens que les rôles de Marie ou de Joseph étaient vite pris. Mais lorsque les répétitions commencèrent, les deux interprètes rencontraient vite un problème :

Comment fait-on au juste pour jouer un couple ? Comme à la maison ? Ou plutôt autrement ? Une chose était déjà claire : on n’avait pas le droit de se disputer ! Après tout, on représentait la Sainte Famille ! Il fallait que ça se déroule en ordre et en paix.

La Sainte Famille fut pendant longtemps l’exemple pour les familles civiles. Ensuite, la Sainte Famille dut perdurer en tant que modèle de la norme familiale : père, mère, enfant.

Tout le monde en accord les uns avec les autres, dans des rapports bien ordonnés.
Et quand on chante dans ce chant de Noël : « je te regarde avec joie et n’arrive pas à me rassasier de cette vue », alors c’est comme si on voulait porter aux nues ce modèle infaillible de la Sainte Famille.

Je crois effectivement que beaucoup de personnes n’arrivent pas à se rassasier de l’apparence sainte, du caractère indéfectible de cette famille. Il s’agit du rêve de Noël : pouvoir entrevoir, au moins une fois par année, comment cela pourrait être : normal, paisible, serein.
Car la vie n’est pas toujours sainte. Nos rapports familiaux non plus. Mais ce qu’on ne réussit pas - ou pas toujours - les 364 jours de l’année, il faut le réussir pendant la nuit sainte. Car cette nuit est une nuit spéciale. Sainte et douce.


« Seul le couple intime et très saint » veille solitairement en cette nuit spéciale. Marie, la mère, et Joseph, le père.

C’est surtout Marie qui attire l’attention : la belle jeune mère, que presque toute petite fille aimerait jouer. Souriant silencieusement, avec un visage rayonnant d’une manière déjà presque surnaturelle.
La trace de Joseph, par contre, se perd. Alors qu’en fait, il est si important pour l’enfant Jésus ! A travers Joseph, il reçoit toute une série d’ancêtres célèbres : les patriarches du peuple de Dieu, il y a parmi eux : Abraham, Isaac et Jacob, s’y ajoutent les rois David et Salomon – une éminente galerie d’ancêtres, avec laquelle Joseph a de quoi offrir quelque chose.
Il se porte garant pour la descendance royale de l’enfant Jésus. Marie pas.
Pourtant, son rôle dans la Sainte Famille fut longtemps oublié.
Une expérience qu’il partage avec un certain nombre de pères de famille de notre époque :

Christiane Schaaf- Saulin
Noël, c’est aussi l’histoire de la fondation d’une famille.
D’une mère et d’un père qui se réjouissent de la venue d’un enfant. Un père, qui n’est pas le père biologique de l’enfant en prend la responsabilité, soutient sa femme, ne se dégonfle pas, ne s’enfuit pas.

C’est ce qui me rend ce Joseph de la Bible sympathique, pour moi il est un modèle merveilleux.
Et puis, cette représentation de Noël ici dans notre église. Quand je la regarde plus attentivement, je suis irritée et troublée – oui, je me sens même concernée.
Nous ne voyons pas une idylle familiale.

Elle montre une mère jubilante – Marie, qui porte son enfant dans ses mains et un père mis à l’écart – Joseph, caché sous le lit.


Cela ressemble de près à ce qui arrive souvent aussi aujourd’hui à un certain nombre de personnes.
Dans mon cabinet, en tant que psychothérapeute, j’ai à faire à ce genre de personnes. Je rencontre ce genre de pères, mis à l’écart. Ils peuvent ressentir ce que ressent ce Joseph.

Particulièrement lors de la fête de famille de Noël, c’est douloureux pour eux de ne pas pouvoir endosser leur rôle de père. Alors ces hommes se sentent en échec. Ils ne se sentent pas à la hauteur de leurs propres exigences. A priori, le fait d’être parent donne les mêmes droits à chacun – on dit cela si facilement et pourtant c’est si difficile à mettre en pratique.

Oui, aujourd’hui, dans leur famille, certains hommes se sentent être des perdants. Comme Joseph jadis ? Etait-il aussi dans l’ombre de Marie ?
Ou comment pouvons-nous interpréter la scène ici dans l’église, avec ce Joseph, de petite taille, avec un chapeau, sous le lit ?
Pendant la préparation, nous avons longuement réfléchi à cette représentation.
Nous voulions comprendre quel était le sens qu’on voulait donner à cette représentation.
Alors nous l’avons photographiée et l’avons agrandie. Nous avons découvert que dans cette représentation, il ne s’agit pas de rendre Joseph petit, mais il s’agit de rendre l’enfant grand. Comme Marie, qui le soulève du lit pour qu’on le voie davantage, comme pour dire : « Regardez ! Cet enfant est quelque chose de particulier ». Il est à la fois Dieu et homme. Il est né, comme tout enfant humain, d’une mère, mais il vient d’ailleurs. Il est d’origine divine.

Dieu ne reste pas loin au ciel, mais il vient au monde. Il se joint complètement à nous les humains.

Pour cette raison, Joseph n’a joué pendant longtemps, aucun rôle dans l’art. Pendant tout le Moyen-âge, Marie, en tant que mère de Dieu, et l’enfant étaient placés au centre des représentations de Noël. Joseph était tout au plus un rajout. Le bœuf et l’âne étaient plus proches de l’enfant divin que lui justement.

Plus tard, cela changea. Les artistes peignirent tout à coup aussi le père. De l’intimité entre Marie et l’enfant Jésus, on passa à la Sainte Famille. Avec Joseph, comme une sorte de « maître de maison » : il fait du feu, il prépare la soupe, il lave les langes. Très progressiste tout ça.

Ainsi, il devient le modèle de tous les pères, qui doivent d’abord trouver leur rôle et pour qui un certain nombre de choses dans leur vie de famille est douloureusement absurde.

Arne Heger
Je suis moi-même un enfant du divorce. Et je ne suis pas du tout troublé par ce Joseph là en-bas.
Car j’ai ma propre histoire avec Noël.
Enfant déjà, j’ai toujours dû fêter Noël devant deux sapins différents.
Avoir les deux parents devant le même arbre n’a plus été possible pour moi.

Il y a cinq ans, je suis devenu père. La famille ? Malheureusement, j’ai fait chou blanc. Depuis environ quatre ans, je fais chaque mois environ 2500 km de route pour voir mon fils.

Lorsque la première fête de Noël était imminente, sans qu’il soit là, j’étais terriblement furieux. Furieux que l’on m’ait empêché d’être père en général. J’ai beaucoup réfléchi à cela et avec les discussions que j’ai eues avec des amis, une pensée se développa : je suis père et personne ne peut m’enlever cela.

Lorsqu’avec mon fils, nous avons fêté notre première fête de Noël ensemble, j’ai à travers lui découvert Noël d’une autre manière : ses yeux brillants, son impatience, son rire… cela m’a réconcilié avec Noël.

Même pour moi, Noël est devenu la fête de la famille. Pas au sens classique : père, mère, enfant ensemble devant le sapin.
Mais plutôt fractionné en beaucoup de petits moments avec les personnes qui me sont chères.

Superintendant Andreas Lange
Père, mère, enfant, tout selon des rapports bien établis - il peut en être ainsi. C’est ce que souhaite également encore une grande partie de notre société. Et c’est beau, si cela se réalise. Mais il peut aussi en être autrement.
Dieu aurait donc aussi pu faire les choses différemment : père, mère, enfant, avec une alliance au doigt et une cuisine intégrée. Il aurait pu en être ainsi, mais ce ne fut pas le cas.
Mais c’est justement pour cela que je me prends d’affection pour cette sainte famille.
« Le père ne se définit-il que par le lien de sang ? », demande Lessing dans « Nathan le sage ».
Etre père, être mère, être une famille consiste aussi et peut-être avant tout pour les personnes à trouver ce qui les anime et ce qui leur importe vraiment. Personne ne doit être brisé par le fait qu’il ou elle n’arrive pas à réaliser l’image idéale d’une famille si sainte.
Dieu ne nous laisse pas porter le monde – à petite ou grande échelle - tout seul.
Il nous devient proche et rend notre vie légère, il dépose son or sur nos fêlures. Pour que nos plaies cicatrisent et que la paix s’installe.

La famille est là où les personnes ressentent que l’on s’accepte les uns les autres comme nous sommes, comme Dieu le fait également. Nous n’avons pas besoin de jouer à Marie ou à Joseph. Nous faisons partie de l’histoire de Noël et celle-ci continue avec nous.

Amen.

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