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Culte de Pâques, transmis en direct et en Eurovision de l'église protestante de Bruxelles-Botanique (Belgique)

Diffusé le 05 avril 2015 sur RTS Un

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Située au cœur de la ville, notre église est le reflet de la société cosmopolite de Bruxelles, capitale de l'Europe : elle rassemble des hommes et des femmes de tous âges et de toutes origines socioculturelles, venant des quatre coins du monde, qui s'efforcent ensemble de vivre à l'écoute de l'Evangile dans le souci d'une présence au monde et dans la cité.

La communauté est ouverte à tous, elle accueille quiconque désire faire un bout de chemin... ou entreprendre un long voyage dans les pas de Jésus-Christ.

L’église protestante de Bruxelles-Botanique est issue de la fusion, en 1973, de l’église de Bruxelles-Observatoire (fondée en 1834) et de l’église de Bruxelles-Belliard (fondée en 1837), toutes deux paroisses de l’Eglise protestante unie de Belgique (E.P.U.B.).

L'Église de Bruxelles-Botanique se réclame de la tradition réformée du protestantisme, qu'elle interprète dans un esprit d'ouverture.

Son temple actuel, inauguré en 1977, dans un style résolument moderne et multifonctionnel, a été érigé en lieu et place du temple de l’Observatoire (1837) qui fut le premier édifice néo-gothique construit en Belgique. L’orgue Van Peteghem, date de 1835.  

Les intervenants sont la pasteure Isabelle Detavernier, le pasteur Patrick Evrard et Madame Agnès SitchiRaymond Auquier est à l'orgue.


En partenariat avec Médias-pro
Réalisation :
Production : R. T. B. F.

Prédication

Une prédication de Isabelle Detavernier, pasteure et Patrick Evrard pasteur

Rien, rien ne se sera passé comme prévu !

Ce matin-là, elles se sont mises en chemin vers le tombeau afin de poser des gestes censés combler, ou adoucir, le vide et l’absence, la tristesse et le deuil. Embaumer, oindre le corps de celui qui est mort.
Mais peut-être aussi, et avant tout, mettre du baume sur leur cœur à elles. Parce que, comme chacun d’entre nous, face à cette mort toujours dépourvue de sens, poser des gestes, entourer celle-ci de mots et de pensées aura toujours été la seule manière qui nous soit laissée de donner du sens à ce qui n’en aura jamais.

Alors oui, ce matin-là, à l’aube, avec leurs aromates, elles s’apprêtent par piété, par fidélité, par amour, à raviver leur chagrin à la vue de ce tombeau qui recueille désormais la dépouille de Jésus. Et l’on peut bien imaginer l’état d’esprit qui est le leur ; leur appréhension, la crainte de ne pouvoir trouver les forces nécessaires, d’être submergées par le souvenir et la tristesse.

Le souvenir, voilà d’ailleurs bien ce vers quoi elles marchent ! S’il fallait en douter, l’évangile selon Marc est là pour nous le rappeler. Car, dans sa langue à lui, le grec, « tombeau » et « souvenir » sont un même et unique mot.
Lieu du souvenir, sauvegarde de la mémoire de ceux qui s’en sont allés. Mémorial de la vie disparue, voilà ce qu’en définitive est le tombeau. Il est le mémorial qui garde en lui la mémoire, qui conserve en lui le souvenir d’un mort. Voilà ce vers quoi elles vont, ce matin-là.

Et maintenant, ce tombeau est devant elles. Une minute encore, elles s’inquiétaient de savoir comment y accéder, comme rouler la pierre pour y pénétrer. Elles « lèvent les yeux » et, constatent soudain que celle-ci n’en obstrue plus l’accès. Alors, elles y entrent.

Et là, c’est l’effroi et la stupeur qui les assaillent : le tombeau est vide !
Le mémorial est vide ; désormais il est sans objet ! Le tombeau, le lieu du souvenir est ouvert, béant et il ne renferme plus rien… si ce n’est l’écho d’une parole qui dit : « Il n’est pas ici ».

Elles s’étaient préparées à tout, mais certainement pas à cela : l'absence de la mort et le vide du souvenir. Comment ne pas comprendre dès lors leur peur, leur incompréhension, leur stupéfaction et cette nouvelle étrange tristesse d’être ainsi privées de l’objet de leur affection… quand bien même il serait mort.

Mais si le tombeau est vide de ce qu’elles venaient y chercher, en revanche, elles y rencontrent ce qu’elles ne cherchaient pas… ce « jeune homme » qui les déroute. Lui qui les invite à ne pas s’effrayer de l’absence, mais, au contraire précisément, à bien la constater :
« Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié ; il s’est réveillé, il n’est pas ici ; voici le lieu où on l’avait mis. »

En d’autres termes, ce n’est ni dans le souvenir, ni dans la mort qu’il faudra dorénavant le chercher, car ces lieux sont désertés à jamais, vides d’objet. Voilà pourquoi, par ces paroles, ces femmes sont littéralement déroutées, désorientées… le but de leur marche, de leur quête au petit matin de ce premier jour n’a plus de sens.
Il faut en sortir, le quitter. Et c’est tout le propos des paroles qu’elles viennent à l’instant d’entendre ; s’il n’est pas ici, alors vous n’avez donc plus rien à y faire !

Après le déroutement, la désorientation, le retournement de situation, viennent ensuite d’autres paroles encore qui, cette fois, ont vocation à rediriger, réorienter :
« Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. »

Remarquez-le bien : il ne s’agira plus tant ici de « chercher » que de « suivre », Celui qui, Vivant, les précède déjà. C’est-à-dire le ressuscité qui les attend en Galilée.
Et une fois encore, une fois de plus, le parcours des femmes et maintenant des disciples avec elles, va devoir prendre une tout autre direction, une tout autre tournure.

Pourtant, si les femmes sortent bien du tombeau, ce n’est pas réellement d’un nouveau départ dont il s’agit, mais plutôt d’une fuite éperdue. Si elles en sortent, ce n’est pas pour s’empresser d’aller accomplir la mission qui leur a été confiée mais bien pour se murer dans le silence, « car - nous dit le texte – les tenaient stupeur et tremblement».

Rien, non, rien décidément ne se sera passé comme prévu !

***

Cette abrupte finale du récit de Marc est, pour le moins, peu « édifiante », et aura chagriné plus d’un lecteur ! Matthieu, lui, dans son évangile, aura eu garde d’ajouter à la peur des femmes, la « grande joie » qu’elles ressentirent en même temps… histoire de nous dire qu’elles furent, chez lui, à la hauteur de leur mission confiée.

Pourtant, voyez-vous, si Marc semble avoir terminé sa narration par un échec, ce n’est sans doute pas fortuit. Si souvent en effet, l’évangile nous met en présence de disciples qui ne comprennent ni n’entendent rien. Si souvent sujets qu’ils sont à l’incompréhension, à la peur irraisonnée, à l’affolement devant ce qu’ils ne peuvent, ou ne veulent pas comprendre.

Mais plus fondamentalement encore peut-être, cet « inachèvement », ce « suspens », cette finale qui semble ne pas en être, a pour but de nous renvoyer à nous-mêmes. Qu’arrivera-t-il à ces femmes ? Vont-elles finalement faire autre chose qu’errer dans leur fuite éperdue ? Vont-elles vaincre leur peur et rejoindre les disciples pour leur annoncer la bonne nouvelle du ressuscité qui les précède et les attend ? Rien n’est dit… et nous avons à remplir nous-mêmes les blancs laissés, même si, peut-être, notre présence aujourd’hui, en ce jour de Pâques, nous donne déjà une réponse ?

Mais sans doute ne convient-il pas non plus de « résoudre » le suspens trop rapidement, mais de revenir à notre récit et plus particulièrement à son mouvement, à son cheminement, pour nous y inscrire, vous et moi…

Celui d’abord de cette marche au tombeau. Ce retour perpétuel que nous accomplissons si souvent vers les blessures et les traumatismes du passé, vers les hantises de nos souvenirs, pensant y trouver la vie alors que, simplement, nous nous y enfermons de manière mortifère. Et ce, même si nous accomplissons ou pensons accomplir cette marche en vertu de nos attachements ou de nos fidélités.
Si le tombeau au matin de Pâques est vide, c’est assez dire que dans nos tombeaux ; dans tous ceux que nous érigeons, dans lesquels nous nous enfermons ou dans lesquels l’on nous enferme, il n’y a rien, rien qui soit vivant, rien d’autre qu’une voix qui nous presse d’en partir, d’en sortir, de nous en détourner…

Mais encore faut-il que cette sortie ne soit pas une fuite sans issue, désorientée parce que motivée par la peur, l’angoisse de la perte, du manque ou du vide. Ce genre de sentiments qui nous laissent toujours « interdits ». Parce que la sortie du tombeau, cette mise en mouvement fondamentale, n’est pas encore le gage que, désormais, nous soyons suffisamment délivrés, libérés de nos entraves de manière telle que nous sachions où nous allons, ni que nous puissions y aller. Preuve en est la « stupeur et le tremblement » qui « tenaient » encore ces femmes captives.

Et sans doute est-ce là, à ce point précis, que nous découvrons et la « précédence » du Christ ressuscité, et la « suivance » que nous avons à entamer. Parce que Pâques n’est pas seulement le « passage » de notre Seigneur, mais aussi bien le nôtre, à sa suite.
Parce que, à Pâques, ce n’est pas seulement de la résurrection de Jésus le Christ dont il s’agit, mais aussi de notre vie à nous. Que le Christ soit ressuscité, qu’il soit Vivant, quelle importance cela a-t-il si nous continuons à vivre dans le deuil, la perte, la nostalgie, les regrets, le mémorial ? Quelle importance que le Christ soit Vivant, si nous continuons à être tétanisé par la peur et maintenus liés dans la « stupeur et tremblement » ? Que le Christ soit ressuscité, qu’il soit Vivant, quelle importance cela a-t-il si ce n’est pas lui qui nous rende vivant, réellement vivant ?

La bonne nouvelle de Pâques, c’est que le mémorial est vide parce que le Jésus le Christ est Vivant !
La bonne nouvelle de Pâques, c’est non seulement que le Christ est ressuscité, mais aussi que, désormais, nous aussi nous sortions de nos tombes, sans crainte, sans manque… à sa suite.

Non, rien, rien ne se sera passé comme prévu ! Grâce soit à Dieu

Joyeuses Pâques à tous !

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